La potion amère de François Fillon pour résoudre le "trou" de la Sécurité sociale

DÉCRYPTAGE – Vainqueur de la primaire de la droite face à Alain Juppé, François Fillon, s'il est élu président, souhaite réserver la Sécurité sociale aux maladies graves ou de longue durée. Quelles conséquences pour ce qu’on appelle "les petits risques" ? LCI vous aide à y voir plus clair.

La position de François Fillon sur la Sécurité sociale

Elle est claire. Il s’agit pour lui, grand favori du second tour de la primaire de la droite et du centre, de réduire le "trou de la Sécu". "Après 20 années de déficit chronique et de recours à l’emprunt, nous ne pouvons admettre de continuer à faire porter nos dépenses de santé sur les générations à venir", déplore-t-il. Dans cette optique, il propose de "responsabiliser les patients et tous les acteurs du système de santé". S’il est élu à la tête du pays, François Fillon entend donc "focaliser l’assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée sur le reste". 


Très concrètement, fini le geste de tendre sa carte vitale à son médecin généraliste en cas de grippe ou de mal de dos. Car la consultation sera désormais à la charge de votre assurance complémentaire. 

Dans un entretien accordé au Quotidien du médecin en octobre 2015, il assurait avoir pour ambition de "bien répartir ce qui doit être couvert par la solidarité et l’assurance-maladie et ce qui incombe aux choix individuels et aux organismes complémentaires". Et promet : non,  il n’y aura pas "une médecine à deux vitesses". Vraiment ?

Quelles conséquences ?

Pour le savoir, nous avons demandé son avis à Jean-Pierre Laborde, professeur émérite de l’université de Bordeaux et membre du centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale. Selon lui, la proposition de François Fillon "est contraire à l’esprit même de la Sécurité Sociale, qui est de prendre en charge l’ensemble des dépenses de santé". 


Pour lui, la distinction entre le "petit risque" - qui ne sera plus pris en charge par la solidarité – et le "gros risque" – qui restera couvert par la solidarité – sera "très difficile à mettre en œuvre". Et ajoute : "Il est à craindre que la non-couverture sociale du 'petit risque' écarte la population la plus précarisée. En outre, il est connu que le 'petit risque', s’il n’est pas pris en compte, peut cacher la survenance d’un plus gros problème."

"Une mesure en apparence charitable"

Une critique devancée par François Fillon. Il assure dans son programme qu’un "régime spécial de couverture accrue" sera réservé aux "moins favorisés ne pouvant accéder à l’assurance privée". Mais l’argument est loin de convaincre Jean-Pierre Laborde, selon qui une large partie de la population, ni favorisée, ni précarisée, risque de rester en dehors de ce système. "Et tôt ou tard, ces gens commenceront à dire que les plus démunis sont favorisés. Cette mesure est en apparence charitable et je ne doute pas de la bonne foi de François Fillon à cet égard. Mais elle aboutit in fine à une stigmatisation."


Autre limite, selon Jean-Pierre Labordere : la flambée probable des cotisations de complémentaires santé. Là encore, François Fillon prend les devants et précise son intention de "créer une agence de contrôle et de régulation de l’assurance". Afin, sans doute, de limiter la hausse des prix. "Pour que cela fonctionne, encore faut-il qu’il parvienne à imposer ce contrôle aux assurances privées… ce dont je doute" estime le chercheur. "Et puis, ajoute-t-il, dans ce cas, pourquoi vouloir défaire la Sécurité sociale ?"

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