Après le divorce, comment réussir la garde alternée de votre enfant

Après le divorce, comment réussir la garde alternée de votre enfant

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INTERVIEW – La garde alternée a doublé depuis le début des années 2000. Le psychologue Gérard Poussin explique comment réussir au mieux cette nouvelle organisation.

La semaine chez maman et le week-end chez papa, ce n'est plus automatique. La loi de 2002 relative à l'autorité parentale souligne que "la résidence de l'enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents". Conséquence : la résidence alternée a doublé entre 2003 et 2012 et est présente dans 17% des décisions des juges aux affaires familiales . Si, pour le psychologue Gérard Poussin* "cette proportion ne peut pas augmenter indéfiniment", en raison de l'inconfort parental qu'elle peut susciter, cette alternance a des intérêts non négligeables pour l'enfant. 

Quels sont les bénéfices de la garde alternée pour l'enfant ?

Le point le plus important, c'est le parallèle entre l'augmentation progressive de la résidence alternée et la diminution de la perte des liens de l'enfant avec l'un de ses parents. Il ne s'agit pas seulement d'impression mais de statistiques. C'est un fait : la résidence alternée permet de limiter la perte du lien avec le père, souligne l'Ined .

Ça s'explique assez bien : quand le parent voit l'enfant une fois tous les quinze jours et la moitié des vacances scolaires, ce qui est le plus fréquent quand la résidence principale est fixée chez la mère, l'envie de voir son enfant peut diminuer et le parent ne donne plus signe de vie. Quand la garde est alternée, la relation perdure. Le père devient très présent. J'ai entendu de nombreux enfants me dire qu'ils redécouvraient leur père. 

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Mais ce mode de résidence n'engendre-t-il pas une perte de repères pour l'enfant ?

C'est faux. Les détracteurs de la résidence alternée disent que ce mode de garde accroît les disputes. C'est plutôt l'inverse. En revanche, il est clair qu'il est difficile d'instaurer cette alternance quand les parents se disputent. 

Pour autant, je ne revendique pas une résidence alternée absolument égalitaire. Une semaine chez l'un-une semaine chez l'autre, c'est pratique pendant le primaire. Mais, quand ils sont plus petits, il est intéressant d'opter pour trois jours-deux jours par exemple, de façon à ce que l'enfant décide quelle est sa maison principale, ce qui permet une meilleure stabilité émotionnelle. Mais souvent, les enfants disent que ce n'est pas le fait d'avoir deux maisons qui les dérange mais plutôt de devoir transporter des affaires.

Que conseiller aux parents pour réussir la garde alternée ?

Il y a avant tout des objets que l'enfant ne doit pas transporter d'une maison à l'autre, comme la brosse à dents. Il y a des choses à avoir en double. Et il faut que les parents s'attendent à ce que leur enfant oublie chez l'un ou l'autre un livre d'école. Il faut accepter que l'enfant parte sans penser à tout mettre dans son sac, être souple, être prêt à ramener l'objet oublié. Il s'agit aussi de trouver un modus vivendi, pour que l'enfant ne passe pas de la planète Mars à la planète Vénus, et ne pas hésiter à téléphoner à l'autre parent pour accorder ses violons. 

Soit vous y arrivez bien et tant mieux, soit ce n'est pas le cas et, plutôt que de donner une recette générale, je conseille de ne pas hésiter à demander de l'aide, soit à un psy, soit à un médiateur familial. Avec un tiers non impliqué, il est plus facile d'avancer des solutions.

*Gérard Poussin est l'auteur de  "Réussir la garde alternée"  (éd. Albin Michel, 2004).

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