Pesticides, circuit court, bien-être animal... le bio est-il vraiment vertueux ?

Pesticides, circuit court, bien-être animal... le bio est-il vraiment vertueux ?

INTERVIEW - Le bio, qui connaît une croissance à deux chiffres, est-il vraiment si bon que ça ? Réglementation, effet sur la santé, bien-être animal... L'UFC-Que Choisir consacre un dossier à l'agriculture biologique dans son magazine en kiosque ce jeudi. Le point sur ces questions avec l'auteure de l'étude.

Le bio s'installe dans nos assiettes. La consommation a presque triplé en dix ans et a encore augmenté de 20% en 2016. Actuellement, 5,8% des surfaces agricoles sont bio et ce taux pourrait grimper à 20% dans la prochaine décennie.


Nos confrères de l'UFC-Que Choisir lui consacrent un dossier de huit pages dans son mensuel, en kiosques ce jeudi 24 août 2017. Leur étude de fond balaie certaines idées reçues. Le point sur la question avec Marie-Noëlle Delaby, co-auteure de ce dossier.

En vidéo

Ces jeunes agriculteurs qui produisent bio

LCI : Manger bio, est-ce l'assurance d'éviter les pesticides ?

Marie-Noëlle Delaby : Le label européen AB garantit avant tout la non-utilisation de produits phytosanitaires issus de la chimie. Ce qui réduit nettement l'exposition aux résidus de pesticides. Même s'il existe des cahiers des charges bio privés qui vont plus loin (Nature et progrès, Bio cohérence, Demeter notamment), la réglementation européenne actuelle, appliquée en France, présente des limites car elle repose sur l'obligation de moyens et non sur le principe de résultats. Ainsi, il n'est pas exclu qu'un champ cultivé sans engrais chimique juste à côté d'un champ cultivé de façon conventionnelle soit contaminé (un peu) par les produits du voisin. D'autant que les exploitations mixtes, qui peuvent avoir un effet de contamination croisée, sont actuellement autorisées par le label AB. La volonté de mettre en place une réglementation plus stricte en interdisant la commercialisation de produits bio contaminés par des résidus a d'ailleurs fait l'objet cet été 2017 d'un débat animé -en vain- au sein du Parlement européen.

LCI : Le bio vendu en France est-il produit localement ?

Marie-Noëlle Delaby : Le label AB n'a pas vocation à certifier l'origine géographique des produits.Il n'empêche qu'en France, les trois quarts de la consommation bio est made in France. Pour autant les ventes en circuit court, par le biais des Amap par exemple, ne représentent que 13% de parts de marché (45% pour les grandes surface et 37% pour les magasins spécialisés). Il faut dire que le bio local se heurte à des frontières climatiques et saisonnières. Il est plus facile d'avoir du maréchage dans le sud du pays que dans le nord et en été qu'en hiver sachant que la culture hors sol est en principe interdite en bio. Sans oublier que dans le cas particulier des céréales, la France -pourtant leader de la production en conventionnel- est en déficit de production

LCI : Les valeurs nutritionnelles sont-elles plus intéressantes ?

Marie-Noëlle Delaby : En ce qui concerne la qualité nutritionnelle, la supériorité du bio n'est pas si évidente. Différentes études menées ces dernières années ont montré un taux un peu plus élevé d'antioxydants dans les végétaux, un taux plus important de bons acides gras dans les produits laitiers et les oeufs. En revanche, selon les analyses de l'UFC-Que Choisir pour les vitamines et les minéraux, aucune différence n'a été notée. Si la plupart des paramètres nutritionnels testés n'ont pas montré de différences notables entre le bio et le non bio, le cas des bananes fait cependant exception. Celles que nous avons testées ont une teneur en fibres deux fois plus importante en bio qu'en conventionnel.

Manger bio est une question de bon sens"Marie-Noëlle Delaby, journaliste à l'UFC-Que Choisir

LCI : Le bien-être des animaux est-il pris en compte ?

Marie-Noëlle Delaby : Outre le fait de nourrir les animaux avec des aliments bio et de limiter le recours aux médicaments vétérinaires ou aux antibiotiques, les cahiers des charges bio prévoient généralement des conditions d'élevage respectant davantage le bien-être animal que les élevages conventionnels. Quelques exemples : les poules pondeuses ont plus d'espace dans le bâtiment que les poules "plein air" non bio (6 par mètre carré dans le bio contre 9 par mètre carré pour les poules élevées en plein air et 13 pour celles en cage)et ont accès à un parcours extérieur couvert de végétation. Les vaches ont accès au pâturage et les veaux sont nourris au lait maternel pendant au moins trois mois. Les porcs évoluent quant à eux sur un sol en terre ou recouvert de paille avec un accès à l'extérieur. Pour autant, le broyage des poussins mâles, les granules de nutriments pour les ruminants ou encore la castration à vif des porcelets restent autorisés.

LCI : Est-ce vraiment meilleur pour la santé ?

Marie-Noëlle Delaby : Manger bio reste une question de bon sens même si le lien de causalité entre le fait de manger bio et le fait d'avoir une meilleure santé n'est pas facile à établir (car ceux qui mangent bio ont souvent davantage de moyens pour se préoccuper de leur santé). Des études ont toutefois montré une baisse des risques d'allergies chez les enfants. Il n'empêche qu'il est incontestable que le bio fait baisser l'exposition aux pesticides. Pesticides qui en cas de surexposition sont clairement désignés par les scientifiques comme favorisant certaines maladies (Parkinson, cancer de la prostate, certains cancers hématologiques). Ce qui affecte en premier lieu les agriculteurs, leurs enfants ou les populations voisines. Pour le consommateur lambda, des études commencent à montrer de possibles liens avec des problèmes de développement neurocomportemental in utero et chez les enfants.

Plus d'articles

Sur le même sujet