Cybathlon : un athlète paraplégique défendra les couleurs de la France…avec ses jambes

Cybathlon : un athlète paraplégique défendra les couleurs de la France…avec ses jambes

SPORT ET HANDICAP – Les premiers championnats internationaux d’athlétisme "bionique" se dérouleront ce weekend en Suisse. Grâce à une technologie de pointe, des athlètes paralysés concourront pour décrocher une médaille d’or. Parmi eux, le Français Jérôme Parent. LCI l'a interrogé pour en savoir plus sur sa préparation.

"Quand je pédale, je me sens libre. C’est un vrai plaisir de pouvoir me déplacer avec mes jambes et de me réapproprier mon corps", décrit Jérôme Parent à LCI. L’athlète de 47 ans est paralysé au niveau de la partie inférieure de son corps depuis 21 ans. Pourtant, c’est bien grâce à ses jambes qu’il compte ramener une jolie médaille d’or à la France. 


Ce samedi 8 octobre, il disputera les premiers "Jeux olympiques bionique" à Zürich (Suisse) : le Cybathlon. Contrairement aux jeux paralympiques, ces athlètes paralysés ont le droit à l’assistance de "robots". Et parmi les six épreuves inscrites au programme, la course à pied assistée par exosquelette, par prothèses mécaniques et par fauteuils roulants mécanisés. Il y aura aussi des athlètes avec des bras bioniques et une course virtuelle pilotée par le cerveau pour les tétraplégiques. Jérôme Parent, quant à lui, défendra ses chances lors de l’épreuve de cyclisme sous stimulation électrique. Il sera confronté à onze autres participants.

Des électrodes collées sur les cuisses

Son objectif : parcourir 750 mètres en moins de huit minutes sur un vélo à trois roues. Et pour parvenir à ses fins, l’athlète paraplégique devra utiliser ses jambes. Comment va-t-il s’y prendre ? "Des électrodes sont collées sur mes cuisses et envoient un courant de faible intensité pour contracter mes muscles ischio-jambiers", détaille Jérôme Parent. Mais il existe aussi d’autres techniques : "le coureur américain de Cleveland a des électrodes carrément implantés dans les muscles des cuisses", ajoute l’athlète tricolore. 


Egalement interrogée par LCI, Christine Azevedo, chercheuse à l’Inria et directrice de recherche en robotique et ingénierie biomédicale précise : "toute la difficulté est de trouver la bonne vitesse moyenne pour atteindre les 750 mètres et obtenir le pédalage optimum." La force des impulsions du stimulateur électrique, adapté au vélo à trois roues, est en effet programmée à l’avance. Mais "comme l’électrostimulation sollicite moins de muscles chez un paraplégique que chez une personne valide, il se fatigue beaucoup plus vite et ses mouvements sont plus aléatoires." D’où l’importance d’être précis.  

Promouvoir l’électrostimulation

Depuis plus d’un an, les chercheurs de l’Inria spécialisés dans le domaine des neuroprothèses travaillent avec des cliniciens du centre COS Divio de Dijon pour préparer Jérôme Parent. Mais outre les résultats sportifs, les scientifiques ont une autre ambition : "ce challenge est une belle vitrine pour faire connaître notre projet 'Freewheels' au grand public ", explique Christine Azevedo. 


Après les Cybathlon, ils souhaitent ainsi développer davantage leurs techniques pour en faire bénéficier des personnes souffrant de défiances sensori-motrices. Cela concernerait des personnes atteintes d’une lésion de la moelle épinière mais aussi d’une hémiplégie (paralysie qui n'affecte qu'un seul côté) ou encore de la maladie de Parkinson. 

Une compétition "pour se faire plaisir"

A part la technique, une autre inconnue pourrait entraver la route de Jérôme Parent : la piste. "On sait qu’une patinoire sera recouverte d’une surface noire mais on ne connaît pas la matière exacte", indique le sportif. Or, la consistance de cette surface peut avoir un impact sur la programmation du stimulateur. 


Malgré tout, il part serein. "Entre les réglages techniques, la surface de la piste et la réaction de mes muscles, il y a beaucoup de paramètres que je ne maîtrise pas. Donc je ne veux pas me mettre trop de pression, explique l’athlète qui sera le premier Français a participer à une épreuve de Cybathlon.  C’est un honneur pour moi et l’important est que je me fasse plaisir aussi." S’il finit en pole position, Jérôme Parent mais aussi les chercheurs se verront couronner d’or. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. 

*Crédits photos: Inria-C. Morel 

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