Autisme : "Je suis différente et je suis fière de l’être", elle lève le voile sur le syndrome d’Asperger

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ASPERGIRL – Alexandra Reynaud a grandi avec sa différence sans vraiment la comprendre. Elle n’a été diagnostiquée du syndrome d’Asperger qu’à ses 32 ans. Dans un livre à paraître ce jeudi 30 mars, elle le clame haut et fort : "Sans être exceptionnelle, je ne suis pas comme tout le monde". Interview.

Cultiver sa différence, la valoriser et finalement la faire accepter aux autres. C’est le credo d’Alexandra Reynaud, 37 ans, qui a choisi de livrer une partie de son parcours dans l’ouvrage "Asperger et fière de l’être, voyage au cœur d’un autisme pas comme les autres" (Eyrolles, 30 mars 2017). Le témoignage d’une femme touchée par le syndrome d’Asperger est rare, non co-écrit par un spécialiste, unique. Elle a accepté de répondre aux questions de LCI.

LCI : Pourquoi avoir décidé de raconter votre histoire dans un livre ?

Alexandra Reynaud : Le syndrome d’Asperger est mal connu et a tendance à être caricaturé. On l’associe très souvent à des films comme Rain Man parce que c’est un trouble du spectre autistique. Mais le syndrome d’Asperger est différent : les personnes touchées ne souffrent jamais de retard intellectuel ni d’un retard de la parole dans l’enfance. Ce n’est pas une maladie car on ne devient pas aspie, on l’est. Ce n’est pas non plus un handicap mental, faute d’une déficience mentale, mais plutôt un handicap invisible. Pour la société du moins, parce que nous on le ressent au quotidien. Je tenais aussi à dire que même si le syndrome d’Asperger touche davantage la population masculine – on compte environ huit hommes pour seulement une femme-, la gent féminine peut être concernée. J’en suis la preuve.

LCI : Comment définissez-vous le syndrome d’Asperger ?

Alexandra Reynaud : C’est un trouble du spectre autistique dont les symptômes sont plus discrets que ceux de l’autisme classique. Ils se manifestent par des difficultés lors des interactions sociales. Nous avons plus de difficultés à comprendre les codes sociaux, à identifier les sentiments et les émotions des autres. Par exemple, quand j’étais petite, je prenais la question rhétorique "ça va ?" au premier degré. J’y répondais précisément alors que ce n’était pas forcément ce que mon interlocuteur attendait de moi. Ce genre d’attitude peut faire paraître bête, alors que dans mon cas, un bilan m’a révélée que mon QI était au-dessus de la moyenne. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde, le QI peut aller de la norme basse au très haut potentiel. Les aspies font des études, ont un mari, une famille, conduisent et exercent un métier comme les autres.

LCI : Mis à part les difficultés à déchiffrer les codes sociaux, comment le syndrome s’illustre-t-il au quotidien ?

Alexandra Reynaud : Je souffre aussi d’hyperactivité sensorielle et j’ai du mal à hiérarchiser les sons. Dans les grandes villes par exemple, les bruits sont très agressifs et deviennent vite oppressants. Lorsque je me retrouve dans une discussion de groupe, la situation devient vite ingérable. J’adopte aussi des rites, qui ne sont pas forcément bien compris des autres. Par exemple, depuis que je suis enfant, je m’installe toujours à la place qui a été la mienne la première fois sous peine de perdre mes repères. Ce n’est pas une frustration gratuite mais je stresse. Au cours de ma vie, j’ai pu voir que ces rites m’aidaient, contrairement à l’imprévu qui me panique.

LCI : Vous avez été diagnostiquée très tard, à l’âge de 32 ans. Comment ça s’est passé ?

Alexandra Reynaud : A 29 ans, j’ai lu un livre de Daniel Tammet, un auteur britannique atteint du syndrome d’Asperger, sans savoir exactement de quoi il en retournait. Cela a été une révélation. Je me suis reconnue dans sa façon de ressentir les choses. J’ai écrit à un psychiatre de ma ville pour en avoir le cœur net. Il a été très honnête en me disant qu’il était incompétent et m’a redirigé vers un CRA (Centre de Ressources Autisme). Ils sont présents dans chaque région mais les délais sont très longs. J’ai attendu trois ans avant d’être diagnostiquée.

LCI : Dans votre livre, vous parlez de votre différence comme une force. A quel niveau ?

Alexandra Reynaud : J’ai une certaine capacité à creuser les sujets, je ne me satisfais pas du superficiel. Je pense que c’est rattaché en partie à mon côté obsessionnel. Sur le plan humain, je pense que les aspies sont plus gentils que la moyenne. Ils sont incapables de manipuler. Pour moi, c’est une grande qualité. Je ne suis ni mieux, ni moins bien qu’un autre, je suis juste différente et je suis fière de l’être.

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La minute Smart : comprendre le syndrome d'Asperger

Asperger et fière de l’être, voyage au cœur d’un autisme pas comme les autres (Eyrolles) est à paraître en libraire le 30 mars 2017. Alexandra Reynaud tient aussi deux blogs, Les Tribulations d’une Aspergirl et Les tribulations d’un Petit Zèbre (pour son fils, lui aussi atteint du syndrome). 

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