Hormones, "slip chauffant" ou vasectomie : pourquoi les contraceptifs masculins ne trouvent pas leur public

Hormones, "slip chauffant" ou vasectomie : pourquoi les contraceptifs masculins ne trouvent pas leur public

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INVERSION - Depuis près de 10 ans, les femmes tournent de plus en plus le dos à la pilule. Et si les hommes prenaient le relais ? LCI vous dit tout sur les (rares) méthodes à disposition.

Elle est le moyen de contraception numéro 1 en France. La pilule. Autorisée à la vente en 1967 au terme d’un long combat, ce petit comprimé a amplement contribué à la libération de la femme. Pourtant, il est aujourd’hui victime d’un large désamour. Si d’autres méthodes fiables existent, comme le stérilet ou les implants, LCI s’est renseigné, à l’occasion de la Journée mondiale de la contraception, sur les moyens contraceptifs alloués aux hommes. Après tout, on est au XXIème siècle.


Au-delà du très populaire préservatif, le planning familial annonce la couleur : seules trois formes de contraception masculine existent aujourd’hui. La vasectomie, le moyen le plus radical, la contraception hormonale par injection et la contraception thermique, réalisée grâce à un "slip chauffant". Oui, oui. Et depuis un communiqué publié par l'association en 2013 sur ces méthodes, rien ne semble avoir changé d'un poil. Mais pour Pierre Colin, co-fondateur d'ARDECOM, association pour la recherche et le développement de la contraception masculine, plus ces méthodes seront utilisées, plus d'autres verront le jour rapidement.

Opération, piqûres hebdomadaires ou "slip chauffant" ?

Le mot barbare de "vasectomie" désigne une petite opération qui se fait sous anesthésie locale. Celle-ci ne dure qu’une dizaine de minutes et consiste à bloquer et couper les canaux déférents, qui transportent les spermatozoïdes depuis les testicules. Rassurez-vous,  cette technique n’empêche en rien l’érection ni l’éjaculation. Si la vasectomie est considérée comme réversible, la réparation chirurgicale n’est par contre effective que dans 80% des cas et les chances de provoquer une grossesse par la suite que de 50%. Bien qu’autorisée depuis 2001 et remboursée par la sécurité sociale, seuls 0,1% d’hommes l'ont pratiquée en France contre 21% en Grande-Bretagne. "Si aussi peu d'hommes franchissent le pas, c'est parce qu'il n'y a pas d'information à ce sujet, déplore Pierre Colin de l'ARDECOM. En Angleterre par exemple, les médecins sont obligés d'informer les patients de l'existence de cette méthode."


La contraception hormonale, elle, s’effectue sous forme d’injections hebdomadaires, qui visent à diminuer considérablement le nombre de spermatozoïdes contenus dans le sperme. Si vous n’êtes pas d’emblée rebuté par les piqûres - "une petite piqûre, ce n'est quand même pas la mer à boire !", assure le militant -, tâchez en revanche de calmer vos ardeurs. L’efficacité de cette méthode ne se fait en effet sentir que d’un à trois mois après la première injection. Et sachez qu’au bout de 18 mois, il vous faudra songer à changer de méthode, celle-ci ne pouvant pas être utilisée plus longtemps. Malgré toutes ces contraintes, cette méthode contraceptive, inventée Pierre Colin à la fin des années 70, a vu son protocole validé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Aujourd'hui seuls une vingtaine de Français utilisent ces injections, qui ne sont prescrites que par quelques médecins. 

Côté contraception thermique, la vie est beaucoup plus simple. Il vous suffit de vous munir… d’un "slip chauffant". Le vêtement,  remonte vos testicules du scrotum à la racine de la verge et les maintient dans cette position pendant les heures d’éveil, soit 15 heures par jour. La température s’élève ainsi de 2 degrés et inhibe la production de spermatozoïdes. Mais pas de panique, selon Pierre Colin, ce slip n'est pas plus inconfortable qu'un autre. Là encore, patience… Les effets ne sont visibles qu’au bout de deux à quatre mois de contention des bourses. Et si vous souhaitez retrouver vos capacités reproductrices, il ne faut pas utiliser ce sous-vêtement plus de quatre ans. En France, seuls deux médecins prescrivent ce genre de contraception. Quelques ateliers de couture pour concevoir ces slips, commencent cependant à se mettre en place en France en partenariat avec l'ARDECOM.

Le découragement des hommes, le manque de motivation des laboratoires

Malgré ces trois méthodes fondamentalement différentes, très peu de Français se laissent tenter par l'expérience. "Les hommes se reposent encore trop sur les femmes", dénonce Pierre Colin, tandis que le Planning familial explique que lorsque certains intéressés veulent en savoir plus sur le sujet "ils se découragent". Selon l’association, "c’est quelque chose qui fait peur". "On se bat contre la crainte de ne plus bander", affirme le défenseur de la contraception masculine.


De plus, pour le militantiste, la contraception masculine manque cruellement de communication. Sans campagne d'information ni innovations, la contraception masculine ne devrait donc pas bondir. Et qui dit innovations dit investissements. Or d’après le Planning familial, les laboratoires n’investissent pas. Un cercle viscieux que dénonce le co-fondateur de l'ARDECOM : "C'est parce qu'il n'y a pas de demande que les labos ne développent pas plus de méthodes contraceptives."


D'autres méthodes sont bien en phase de test, mais tout prend beaucoup plus de temps qu'à l'époque de la pilule féminine. La faute à quelques effets secondaires qui ralentissent le processus. "Les hommes sont moins téméraires que les femmes, fait remarquer notre interlocutrice au Planning familial". "À l'époque, il y avait urgence et les femmes ont dû composer avec ces effets."

Les femmes font de la résistance

Au-delà de ces soucis, une barrière psychologique bloque la progression de ce type de contraception. Chez les hommes d'abord qui, même pour les plus "ouverts", associent contraception et perte de virilité. Mais aussi chez les  femmes. "Elles ont longtemps lutté pour obtenir la pilule. C’est un combat qu’elles ne veulent pas abandonner", assure le Planning. "Ils ne vont pas m’enlever ça", aurait ainsi décrété une des femmes venues consulter. 


Quid, en effet, du contrôle de son propre corps ? Un pouvoir gagné sur une société autrefois dirigée par les hommes. "Avant, les vagins n’étaient qu’un réceptacle pour spermatozoïdes", rappelle la conseillère conjugale et familiale. Certains membres de la gent féminine assureraient aussi ne pas avoir confiance en leur partenaire pour déléguer la contraception. Mais ça, c'est une autre histoire. 

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