Sophie, séropositive et maman : "J’ai accouché normalement et mon fils se porte très bien"

Sophie, séropositive et maman : "J’ai accouché normalement et mon fils se porte très bien"

TÉMOIGNAGE – Une idée reçue voudrait que les femmes séropositives pour le VIH ne puissent donner naissance par voie basse sans infecter leur bébé. Sophie, 29 ans, et Justin, 14 mois*, tous les deux en parfaite santé, prouvent l’ineptie d’une telle affirmation.

LCI : Vous êtes séropositive depuis votre naissance. Comment vos parents vous l’ont appris ?

Sophie : J’ai toujours pris un traitement et j’ai toujours dû aller faire des prises de sang à l’hôpital. Je savais que j’étais malade mais je ne savais pas ce que j’avais précisément. A 15 ans, j’ai commencé à poser des questions à ma mère, elle-même séropositive. Quand elle m’a annoncée que je l’étais moi aussi, ça m’a anéantie. J’ai cru que j’allais mourir. Pendant cinq mois, j’ai d’ailleurs fait une dépression. Je n’allais plus en cours et je ne voulais voir personne. Puis, j’ai remonté la pente.

LCI : Avez-vous réussi à vous épanouir dans votre vie d’adolescente ?

Sophie : J’ai mis du temps à l’accepter. Je l’ai aussi annoncé à mes amis proches. On a pleuré tous un bon coup et puis la vie a repris son cours. J’ai vécu une adolescence tout à fait normale, à la seule différence que je devais prendre quotidiennement un traitement.

LCI : Votre compagnon n’est pas séropositif, comment lui avez-vous annoncé ?

Sophie : On s’est rencontrée en soirée. Au début, on était juste amis. Puis, on s’est rapproché petit à petit. Quand ça a commencé à devenir plus sérieux entre nous, je lui ai dit. Tout simplement. Ça faisait déjà un an qu’on se connaissait. Il a accepté sans me juger. Aujourd’hui, une personne séropositive sous traitement ne transmet pas le virus à son conjoint. Et notre histoire a continué.

LCI : Puis, vous avez voulu un enfant…

Sophie : Oui, après six ans de relation, on désirait un enfant. Je savais que c’était possible mais j’ai préféré demander conseil à ma gynécologue. Elle m’a confirmé que je pouvais tomber enceinte si j’étais dans une relation stable, si je prenais mon traitement chaque jour et si m’a charge virale était indétectable (le VIH est présent mais en faible quantité). Toutes les conditions étaient remplies et moins de cinq mois plus tard, je suis tombée enceinte.

LCI : Votre entourage a-t-il été inquiet pour votre bébé ?

Sophie : Tout le monde a été très content et personne ne s’est montré inquiet. Vous savez, si on est bien suivi, il n’y a pas de souci à se faire. Dans mon cas, j’ai eu des rendez-vous tous les mois pour faire des prises de sang jusqu’à la naissance de Justin. J’ai pu accoucher par voie naturelle mais je n’ai pas pu allaiter.

LCI : Comment Justin a-t-il été pris en charge à sa naissance ?

Sophie : Comme un autre nourrisson. La seule différence notable est qu’il a dû prendre un traitement particulier pendant un mois, par précaution. Il a également fait des prises de sang pour être sûr que tout allait bien. Les quatre premières se sont révélées être négatives. La dernière est prévue pour ses deux ans. A ce moment-là, on sera certain qu’il est séronégatif.

LCI : Vous avez accepté de témoigner mais de façon anonyme. Pourquoi ?

Sophie : Pour l’instant, je suis mère au foyer mais j’aimerais reprendre mon activité professionnelle. Je suis auxiliaire de vie et j’ai peur que ma séropositivité me porte préjudice. Peut-être que je me fais des idées mais je préfère me protéger. Je témoigne aujourd’hui pour dire que même si je suis porteuse du VIH, j’ai une vie tout à fait normale. Je suis maman, j’ai accouché normalement et mon fils se porte très bien. Les gens n’ont pas à avoir peur de nous fréquenter, ni qu’on les contamine. Preuve en est avec Justin.

*Les prénoms ont été modifiés.

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