Un ado ressort d'une baignade les pieds en sang : "Avec les amphipodes, cela peut aller très vite"

INTERVIEW - Un adolescent australien est ressorti ce week-end d'une baignade nocturne dans l'océan avec les pieds et les chevilles en sang. Une agression probablement due à des petits crustacés : les amphipodes. Explications avec François Renaud, directeur de recherche CNRS.

Une baignade qui s'achève les pieds et les chevilles en sang. Depuis lundi, les images de Sam Kanizay sont largement relayées sur Internet, suscitant doutes et interrogations : que s'est-il passé sur cette plage de Brighton, dans la banlieue de Melbourne, samedi soir ? Seule certitude : le jeune homme est resté immobile dans l'eau une trentaine de minutes. Et lorsqu'il est sorti de la mer, il saignait abondamment du bas des jambes.


Des blessures qui ont intrigué les médecins, à son arrivée à l'hôpital. "Quelques personnes pensaient qu'il s'agissait de poux de mer, mais personne n'en savait vraiment rien." Son père, lui, a été jusqu'à recueillir un échantillon de ces petits crustacés marins et à poster sur internet une vidéo les montrant en train de dévorer de petites portions de viande.  C'est là que la piste des amphipodes, a pris le dessus. Que sont ces petits crustacés ? LCI a demandé à François Renaud, directeur de recherche au CNRS, qui a longtemps étudié ces "fossoyeurs de la mer.

LCI : Les amphipodes sont-ils une hypothèse crédible pour expliquer cette agression ?

François Renaud : Je suis surpris dans la mesure où ces crustacés sont des détrivores, c’est-à-dire qu'il s'agit d'organismes qui vont se fixer sur de la matière en décomposition, qu'elle soit animale ou végétale. Ils sont en effet dotés de mandibules, "d'appareils" qui leur permettent de décortiquer un système. C'est d'ailleurs ce que l'on voit sur la vidéo du père de l'adolescent, publiée sur Internet. Sauf qu'il s'agit là de viande déjà en décomposition. Ensuite, il ne faut pas oublier que cela s'est produit en Australie. Quelles espèces vivent là-bas ? Cela reste à définir.

LCI : Selon vous, leur concentration serait la cause des blessures.

François Renaud : Il s'agit a priori d'une pullulation qui s'est produite à un moment donné, comme on peut le voir ailleurs avec des sauterelles, des lemmings (rongeurs, ndlr)… Et il est évident que lorsqu'il y a pullulation, il faut trouver la nourriture. Automatiquement, tout organisme qui passe à ce moment-là peut être "attaqué". C'est selon moi l'explication la plus probable : une très forte population à un moment donné dans un endroit donné, qui fait que manifestement cette personne – n'ayant pas senti la douleur sur le moment – s'est fait attaquer par une espèce en manque de nutrition. Et une fois qu'il n'y a plus la protection épidermique, cela peut aller très vite. Ce serait totalement exceptionnel, toutefois, si l'origine du phénomène est due à ces crustacés. N'oublions pas qu'on les surnomme les "fossoyeurs de la mer".

LCI : Ces crustacés sont-ils présents en France ?

François Renaud : Bien sûr. Il faut savoir qu'il y a énormément d'espèces d'amphipodes sur notre planète, la diversité est gigantesque. Il y a des espèces en eau douce, en eau saumâtre, d'autres en milieu marin… Est-ce que là il s'agit d'une espèce plus "agressive" qu'une autre ? C'est aussi possible. En revanche, il n'y a jamais eu – à ma connaissance – d'attaque de ce genre en France. J'ai observé ces organismes, notamment du côté de Montpellier où il y en a énormément dans des étangs, mais encore faut-il rester les pieds dans l'eau sans bouger durant de longues minutes comme ce jeune homme en Australie pour qu'éventuellement quelque chose se passe. C'est d'ailleurs surprenant qu'il n'ait pas ressenti la douleur des attaques, même si l'eau était très fraîche… En tout cas, il n'y a pas de risque particulier chez nous.

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