"Le réchauffement climatique favorisera le développement de la viticulture au nord de l'Europe"

"Le réchauffement climatique favorisera le développement de la viticulture au nord de l'Europe"

Un été chaud, peu de précipitations... : le millésime 2015 s'annonce excellent, et les viticulteurs sont satisfaits de débuter les vendanges avec plusieurs semaines d'avance. Mais à plus ou moins long terme, le réchauffement climatique pourrait modifier la géographie des vignobles ainsi que le goût du vin. Les vignes disparaîtront-elles du territoire français ? Quel goût aura le vin ? Benjamin Bois, de l'Institut Universitaire de la Vigne et du Vin de Dijon, a répondu aux questions de MYTF1News.

MYTF1News : Aujourd'hui, le réchauffement climatique permet aux viticulteurs de débuter les vendanges beaucoup plus tôt et dans de meilleures conditions, ce qui les réjouit. Ont-ils raison de l'être ?

Benjamin Bois : Benjamin Bois : Dans la partie septentrionale du pays, oui. Dans le sud de la France cela est un peu moins réjouissant car à cause de la chaleur et de la forte teneur en sucre du raisin, les vins peuvent atteindre des taux d'alcool élevés. Dans le quart nord-est, les viticulteurs gardent en exemple l'année 2003, qui avait également été très chaude, et qui pourrait ressembler à celles que nous aurons à la fin du siècle. Les bonnes ventes et les critiques positives tendent à rassurer les professionnels, qui estiment qu'ils ont une marge d'adaptation pour le futur. Dans le sud de la France, la diminution des précipitations et l'augmentation des températures provoquent de la sécheresse et potentiellement une baisse des rendements. Mais le millésime 2015 sera un bon cru. Le manque d'eau, qui a été modéré, a créé un "stress" positif pour le raisin, qui bénéficiera à la production de vin rouge en favorisant sa couleur et sa puissance.

MYTF1News : Le réchauffement climatique signera-t-il la fin du vin produit dans le pourtour méditerranéen, et les terrains plus au Nord peu propices à la viticulture, vont-ils le devenir ?

Benjamin Bois : Il est certain que les conditions climatiques favoriseront le développement de la viticulture au nord de l'Europe. Beaucoup de régions septentrionales et continentales, comme la Pologne ou l'Allemagne, auront une carte à jouer. Tout comme le Royaume-Uni, où sont déjà en train de s'implanter des producteurs de vins effervescents. En Scandinavie également certaines zones se dotent de vignes. Tous ces pays entendent bien tirer profit de cette situation. Cela va aussi bénéficier à des régions françaises comme l'Alsace. Alors qu'il est encore difficile d'y obtenir de grands vins rouge, ils vont se développer et s'améliorer. Ce n'est pas pour autant que nous assisterons à la fin du vin méditerranéen. De plus gros efforts seront à faire pour la gestion de l'eau et l'irrigation sera probablement indispensable dans les zones les plus arides, afin qu'elles puissent rester productives.

MYTF1News : Le goût du vin va-t-il changer ?

Benjamin Bois : Le goût évoluera, les vins seront plus riches en alcool, mais les viticulteurs pourront adapter leurs méthodes de vinification. Aujourd'hui, le goût du vin en Bourgogne n'est pas le même que dans les années 60. Il est plus riche en alcool, moins acide. L'évolution du goût est graduelle, progressive, comme le climat. Le consommateur aura le temps de s'habituer à l'évolution et au changement du goût du vin. Les modes changent également. Il est impossible de prédire quel vin souhaiteront boire les consommateurs à l'avenir. Par exemple, le critique américain Robert Parker, qui aime les vins riches en alcool et "surmuris", a lancé la mode du "vin parkerisé". On peut également imaginer que si nos étés sont plus chauds, la mode du rosé prendra de l'ampleur.

MYTF1News : Comment les viticulteurs peuvent-ils s'adapter et atténuer ou contrebalancer les conséquences du réchauffement climatique sur les vignes ?

Benjamin Bois : Tout d'abord, il est possible d'agir sur les plants de vignes. Par exemple, dans les vignobles de Châteauneuf-du-Pape, la vigne est taillée en gobelet, ce qui la protège du soleil et contre l'excès d'insolation. Il est aussi possible d'agir en ramassant le vin plus tôt car au fil du temps le raisin se charge en sucre, et plus il est sucré plus il sera riche en alcool. Mais cela a des limites, car le vin peut alors ne pas avoir atteint ou déjà dépassé son optimum aromatique. Une autre solution est de remplacer les cépages par d'autres mieux adaptés aux nouvelles conditions climatiques. Dans les chais, des raisins et donc des vins moins acides peuvent favoriser un développement de micro-organismes qui altèrent le goût du vin. Les viticulteurs peuvent donc agir en corrigeant l'acidité de leur production et en étant plus vigilants quant à l'hygiène au chai. Toutefois, il se pourrait que les vins produits se conservent moins bien.

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques