Mission en Terre Adélie #22 : douceur, longueur et épaisseur du temps

CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie il y a deux semaines sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous font vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Grand jour, il est 4 heures du matin et le ciel bleu se voile, un peu de vent vient nous rafraîchir. Depuis notre arrivée, les températures sont dans la moyenne -4° au plus bas, + 3° au plus haut mais l’ensoleillement est 30% plus fort que la normale saisonnière « et surtout il y a peu de vent, à peine 20km/h en moyenne », nous explique Alexandre Floutard, le prévisioniste de Météo France : « C’est la conjugaison de ces trois facteurs, relative douceur, soleil et faible vent qui nous donne un ressenti de chaleur. En ce moment il fait plus chaud ici qu’en France ».

On se sent seul au monde, on ne s’en lasse pasAlain Mathieu, technicien de la base Dumont d'Urville

Alain Mathieu, le responsable technique du district de Dumont d'Urville, s’affaire sur le toit rouge du séjour en bras de chemise. La dernière couche de laine de roche est placée, il peut refermer et commencer à préparer ses affaires pour le départ.

Retour en France après seize mois en Terre Adélie, barbe blanche, cheveux longs poivre et sel, bouclés, attachés par un élastique, toujours en jeans et chemise de laine à carreau, Alain a fait de la station Dumont d’Urville, sa deuxième et même sa première maison.


Cinq hivernages de quinze mois en moyenne depuis 2006, l'homme a ainsi cumulé plus de sept ans de vie en Antarctique et il compte bien revenir l’an prochain à 62 ans : « En France je suis coordonnateur de travaux, alors j’organise. Ici, j’ai les mains dans le cambouis et je suis libre. Je sais ce qu’il y a à faire et m’organise comme je veux. J’aime bricoler ».


Alain a également une autre passion. Au petit jour, au soir qui tombe et même au coeur même de la nuit, il attend son heure et part tout seul avec son appareil photo. Certains de ses clichés sont magnifiques : manchots empereurs dans le blizzard, pétrels géants dans le blanc des yeux, phoques avec la gueule ouverte, pleines lunes, voie lactée, mirages à l’horizon ou encore les aurores australes qu’il guette : « L’hiver surtout, c’est magique. Il peut faire  - 30° avec du vent, j’y vais quand même. On se sent seul au monde, on ne s’en lasse pas, je peux rester des heures dehors ».

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Mission en Terre Adélie : une rencontre à la terrasse de la base de Cap Prudhomme en Terre Adélie

La fin d'une aventure

Il nous fait partager ces impressions hivernales, infernales, magistrales que nos ne connaîtrons pas. La rotation R2R2 pour DDU, langage codé de l’IPEV (l’Institut Paul-Emile Victor), signifie que nous repartons dans deux ou trois jours au coeur de l’été austral.


Au centre de la station, les équipes chargent des caisses dans l’hélicoptère, les vols vers l’Astrolabe, toujours coincés à 70 kilomètres d'ici, continuent. Une quarantaine de personnes dont Alain, Bertrand Lachat et moi, s’apprêtent à retourner en France avec leur matériel et leurs affaires.

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