Mission en Terre Adélie #10 : départ et premier jour en mer

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La mission Terre Adélie

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CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie la semaine passée sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

14h30 la sirène retentit. L’Astrolabe vient de faire le plein. 400 tonnes de gasoil ! De quoi voir venir pour le bateau qui va en consommer 13 tonnes par jour. Ce dernier s’ébranle pour descendre la rivière Derwent. Martin, pilote du port de Hobart, est monté à bord et va diriger la manœuvre pendant les quatre prochaines heures. Ciel bleu. Grand soleil. 30 degrés, légère brise caressante et agréable. Un temps idéal pour lever les voiles même si ce sont les 6000 chevaux du navire qui nous propulsent vers le sud.

Le capitaine Stanilas Devorsine fait son dernier aller-retour. Le bateau sera remplacé par un nouvel Astrolabe opéré par la Marine Nationale dès la saison prochaine en novembre 2017. Alors pour son dernier voyage, Stanislas a voulu passer par le canal d’Entrecasteaux. C’est une chance pour nous. Une lumière superbe nous accompagne pour défiler entre l’île de Bruny et la terre principale de Tasmanie. On peut y voir des paysages de forêts montagneuses et de landes pelées très peu peuplées.

"C’est un lieu symbolique nous dit le capitaine, tout vient de là". En 1791, Antoine Bruny d’Entrecasteaux s’en va à la recherche de Lapérouse disparu lors d’une expédition dans les mers du Sud  20 ans plus tôt avec sa frégate l’Astrolabe. D’Entrecasteaux passe par la Tasmanie et s’y installe pendant quelques semaines. C’est pourquoi le canal que nous sillonnons porte son nom. Stanislas Devorsine, lui, n’y était jamais passé. On le sent heureux : "Si nous sommes là aujourd’hui c’est grâce à cette histoire. Grâce à l’Astrolabe". D’Entrecasteaux ne trouvera pas Lapérouse. Il faudra attendre 55 ans.  

Une leçon de choses grandeur nature

En 1828, Jules Dumont d’Urville rebaptise sa corvette l’Astrolabe pour partir à son tour à la recherche de Lapérouse. Il vient en Tasmanie. Sur le port de Hobart, il entend un marin dire qu’il a vu au Vanikoro un indigène porter un habit français. C’est un peu le "docteur Livingstone, je présume", de l’histoire navale française. Dumont d’Urville fonce au Vanikoro et retrouve des restes de l’épave de l’Astrolabe. Il érige un monument à la mémoire de Lapérouse et de son infortuné équipage. En 1840, c’est de Hobart encore qu’il appareille avec sa corvette Astrolabe pour découvrir la Terre Adélie. Et nous voilà nous-même sur l’Astrolabe avec 18 autres passagers en route vers l’Antarctique. Martin, le pilote australien descend. Le grand voyage est lancé.

17h30 nous sortons de la baie. L’océan est là tout de suite. Le bateau bouge un peu plus. Jérôme Fournier, chercheur au CNRS, est sur le pont, jumelles à la main. C’est une leçon de choses grandeur nature qui s’annonce. Déjà un premier albatros. Jérôme le repère, le scrute, l’identifie : "Albatros de Salvin". Avec ses 2 mètres 40 d’envergure, il rase les vagues sans donner un coup d’aile : "Ca commence ici et cela ne s’arrêtera pas. Nous sommes dans une des mers les plus riches de la planète. Un des rares endroits encore préservés". 


Les côtes de Tasmanie commencent à se perdre au loin dans le bleu du soir. Le ciel s’assombrit. Bientôt on ne distingue plus que des formes imprécises, les dernières montagnes. Je regarde à bâbord des oiseaux jouer avec les vagues et lorsque je repointe les yeux dans le sillage du navire, il n’y plus rien à l’horizon. La terre s’est évanouie. Nous voilà entourés d’eau, à 360°, à perte de vue.

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