Mission en Terre Adélie #12 : des distractions pour tuer l’ennui

La mission Terre Adélie

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CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie la semaine passée sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Bon bleu du ciel pâle. Grand bleu profond de la mer. Pas une tâche aux alentours sinon cette ligne à l’horizon où les deux bleus se rejoignent et se séparent dans un flou brumeux comme un fondu enchaîné entre deux plans. Un vent du nord-nord-ouest favorable nous pousse toujours. Le bateau file sans trop de secousses vers le Sud. On peut se tenir debout sur le pont. Les objets fusent moins dans les cabines.


Mais cette nuit fut rude. Le roulis m’a fait valser d’un côté à l’autre de la couchette de 10 heures du soir à 7 heures du matin. Les 50èmes hurlants ont un peu parlé. Au réveil (même quand on pense ne pas avoir dormi il faut se réveiller, pourquoi ? C’est la grande question existentielle du moment), je suis un peu blême. Plusieurs de nos camarades de traversée souffrent ce matin. Un petit massage des muscles des cervicales et du cou réalisé par Mathieu Verschave, le médecin à bord, me fait du bien.

Lectures, films, siestes

Petit-déjeuner 7h, déjeuner midi, dîner 7 heures du soir. Les repas rythment le temps. Une routine s’installe. Deux jours et demi de navigation déjà. Nous sommes à mi-chemin. Il reste près de 1500 kilomètres à parcourir. La lenteur du temps, qui passe à 25 km/h, chacun l’aborde à sa manière : lecture en cabine ou sur le pont ; films projetés sur l’écran du salon ; jeux de cartes (Erwann, physicien qui vient étudier la couche d’ozone, n’aura ainsi pas fait le voyage pour rien, il apprend la Belote) ; certains font la sieste ou somnolent ; d’autres montent à la passerelle parler avec l’officier de quart. Pour ma part, je vais souvent prendre l’air sur le pont pour regarder les albatros voler dans le plissement des vagues.


De son côté, Bertrand Lachat lit la biographie de Dumont d’Urville, le découvreur de la Terre Adélie. Ce dernier était parti de Hobart le 2 janvier 1840 et ne verra les premières glaces que le 15 janvier. 13 jours avec son bateau à voile quand nous en mettrons 5 grâce au moteur de l’Astrolabe. Dans le récit de son Voyage au pôle Sud, le navigateur parle de la lenteur du temps que nous éprouvons aujourd’hui : "A bord d’un navire… les distractions sont si rares pour les marins… souvent l’oisiveté et l’ennui qui en est la suite jettent le découragement dans les équipages". 


Le soleil tout rond qui nous réchauffait un peu sur le pont se noie dans un halo. La température chute. Aux abords du 53ème parallèle sud, nous arrivons à un point clé : la convergence Antarctique là où commencent les eaux polaires. L’Antarctique s’approche.

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