Mission en Terre Adélie #13 : le mystère de la convergence antarctique

CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Mieux dormi que la nuit précédente. Moins de roulis. Guillaume Lecointre, notre colocataire de la cabine, un habitué - c’est son quatrième voyage sur l’Astrolabe - nous indique une technique pour éviter de rouler dans le mouvement de la bannette: prendre un des sacs où sont empaquetées les combinaisons de survie et le glisser sous le matelas côté extérieur. Cela crée une pente qui vous maintient coincé entre la cloison et le bord du lit. Et ça marche!  


En sortant sur le pont arrière je suis aveuglé. Un ciel gris clair presque blanc, comme si une vague de neige poudreuse, flottante enveloppait l’horizon. La mer est plus sombre, le bleu royal d’hier prend des allures d’ardoise lustrée. La température extérieure a chuté. Nous arrivons dans une zone cruciale pour l’équilibre des océans et la circulation des eaux à l’échelle de la planète. Elle porte un joli nom technique : la convergence Antarctique.


Guillaume Lecointre, biologiste au Muséum national d’histoire naturelle, spécialiste des poissons des eaux froides, nous explique. La convergence antarctique est le point de rencontre entre les eaux tempérées des mers du sud et celles glaciales de la zone antarctique qui se touchent sans se mélanger. C’est un mur invisible. Une sorte de mystère poétique qui a une explication physique. La température de l’eau passe d’un coup de 6/7 degrés à 3 degrés et va continuer à descendre jusqu’à moins 1,8 degré - température à laquelle l’eau de mer gèle.

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Dans la soute de l'Astrolabe

Il n’y a pas d’échanges entre ces deux zones, du moins sur les 300 premiers mètres de profondeur. Les poissons qui vivent d’un côté ne pourraient pas vivre de l’autre. "Depuis 40 millions d’années, nous dit Guillaume, des espèces se sont isolées au sud de la convergence et ont évolué en vase clos, avec des caractéristiques propres.  Elles ont par exemple  acquis des protéines antigel. C’est ce qu’on appelle des espèces endémiques. Elles n’existent que dans la zone Antarctique". Un sujet d’étude passionnant. Ce point de contact de la convergence antarctique, nous venons de le franchir en passant le 53ème parallèle sud. C’est un pas de plus vers notre destination. Sur le pont, je rajoute une couche de vêtements car le vent commence à piquer. 


Bertrand Lachat en filmant le halo blanc du front polaire qui se dessine me dit: "Je ne sais pas si toi tu as hâte mais moi j’ai hâte de voir les glaçons, d’être dedans, dans le pack". Jules Dumont d’Urville sur sa corvette l’Astrolabe en janvier 1840, est impatient lui aussi d’arriver mais la mer le retarde. Il note dans son Voyage au pôle Sud: "Les albatros qui ne nous avaient pas quitté depuis Hobart-Town, disparurent par les 50èmes de latitude. Les vents commencèrent à souffler avec force. Pendant 2 jours nous fûmes obligés de tenir la cape avec une mer monstrueuse, nos corvettes fatiguèrent beaucoup ".


Nous sommes beaucoup mieux lotis. Je n’ai pas vu d’oiseaux aujourd’hui, la terre la plus proche est à plus de 1200 kilomètres. Au salon, un des passagers improvise un petit concert à la guitare. Dehors, la lune presque pleine éclaire le sillage de l’Astrolabe dans la pénombre de nuits de plus en plus courtes. 

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Un massage à bord de l'Astrolabe

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