Mission en Terre Adélie #16 : base Dumont d'Urville, 1er jour, l’Histoire qui nous a mené là avec les manchots pour voisins

CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie il y a deux semaines sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Une rangée de manchots passe devant l’Astrolabe et l’hélicoptère nous emmène à la base Dumont d’Urville que tout le monde ici appelle DDU. 70 kilomètres au-dessus de la banquise en longeant la muraille du continent Antarctique dont les masses de glaces descendent au ralenti vers la mer encore gelée. Une demi-heure de trajet et quelques arpents de terre un peu grise, beige sombre apparaissent. C’est l'île des Pétrels où s’est installée depuis 1952 la station française. Elle s’approche, elle grandit, derrière la vitre de l’hélicoptère. Et je pense à l’expédition de Jules Dumont d’Urville. 


Le 20 janvier 1840 il écrit : "M. Duroch, qui était de quart, avait déjà fixé sa lunette sur un point où un instant il avait cru apercevoir des tâches noires..." Elles ressemblaient sans doute à celles que je vois maintenant. Et Dumont poursuit : "Il aperçut à nouveau les rochers, dont la teinte sombre tranchait sur la blancheur des neiges… la terre avait été reconnue de manière non équivoque." Il envoi deux embarcations pour vérifier avec un "officier et des naturalistes". Les seuls endroits libres de glace et de neige dans ce secteur de l’Antarctique sont quelques petites îles à proximité du continent durant l’été austral. 

Premiers pas sur le sol de l'Antarctique

Aujourd’hui comme en 1840. Le canot de l’Astrolabe de Dumont débarque sur l’île. Les hommes grimpent "sur les flancs escarpés de ce rocher" et un des matelots va "déployer un drapeau tricolore sur ces terres qu’aucune créature humaine n’avait vues ni foulées avant nous". Ils en prennent possession au nom de la France mais ils ne peuvent pas débarquer sur le continent tout proche à cause des glaces. Ce lieu historique a été nommé le rocher du débarquement. Il est à 10 kilomètres de la base actuelle.


Nous descendons de l’hélicoptère. Tous premiers pas sur le sol de l'Antarctique. Il y a une quinzaine de bâtiments. Une centaine d’habitants en ce moment. Ils ne seront plus que 24 en hiver. Nous décrirons plus tard nos conditions d’hébergement, le fonctionnement du site et les différentes recherches scientifiques qui s’y déroulent. Mais la chose frappante en arrivant c’est la présence des manchots. Ils sont partout. Plus de 60 000 manchots Adélie cohabitent depuis 70 ans avec les hommes, indifférents aux mouvements, aux bruits et même à l’hélicoptère qui achemine le ravitaillement et le matériel. Ils sont plus petits, plus vifs, plus bruyants que leurs célèbres cousins les manchots Empereurs.

Au coeur de la manchotière

En 1840, le premier contact avec ces animaux avait été plutôt brutal. LE VOYAGE AU POLE SUD raconte que les marins de Dumont d’Urville "précipitaient en bas les pingouins fort étonnés de se voir dépossédés si rapidement de l’île dont ils étaient les seuls habitants." Aujourd’hui cette manchotière est strictement protégée. Thierry Raclot, chercheur au CNRS, l’étudie depuis 30 ans. "Ils sont captivants à la fois parce qu’ils sont très drôles dans leurs attitudes et leurs comportements mais aussi parce que c’est une espèce très sensible, très adaptée à son milieu, on ne les trouve qu’en Antarctique, et qui réagit immédiatement aux moindres changements. C’est donc une espèce sentinelle des mutations climatiques que nous observons depuis quelque temps". Cette année, ils sont en situation difficile à DDU. La banquise encore présente, les oblige à faire des centaines de kilomètres pour trouver la mer et leur nourriture. Les petits, nés en décembre, n’ont pas assez à manger et la plupart sont morts.


Bientôt les adultes quitteront la colonie pour se rapprocher du rivage pendant l’hiver austral. Pour l’instant nous avons la chance de les observer de près sans les toucher ni les déranger. Bertrand Lachat s’est pris de passion pour eux. Il les filme sous tous les angles. Sur ses images, on les verra se serrer sur les rochers, se dandiner sur la glace, s’abriter sous les bâtiments de la base. En voici qui se rassemblent à côté de la statue de bronze de Jules Dumont d’Urville qui regarde l’horizon dos à l’Antarctique. L’explorateur français avait donné à la terre qu’il venait de découvrir le nom de Terre Adélie en hommage à sa femme Adèle. Mais on doit aussi à cette épouse aimée le nom de ces manchots Adélie que les "naturalistes" de l’expédition de 1840 avaient répertoriés, décris, dessinés.


La vocation du VOYAGE AU POLE SUD était la découverte et la science, il est intéressant de noter que près de deux siècles plus tard la présence française poursuit le même objectif. Un accord international fait de l’Antarctique un continent dédié à la recherche et à la paix.

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Mission Terre Adelie : rencontre avec les manchots sur la banquise

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