Mission en Terre Adélie #20 : Les mains dans le cambouis d’un atelier du bout du monde.

La mission Terre Adélie

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CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie il y a deux semaines sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Dans la fenêtre du plancher de l’hélicoptère, c’est le monde à l’envers. On pourrait se croire sous les nuages à regarder le ciel percer entre de petits cumulus joufflus et vaporeux qui semblent se promener, poussés par une légère brise.


En relevant la tête, l’image revient à l’endroit. C’est la banquise mouvante dont les apparences et la composition changent presque à vue d’œil depuis notre arrivée. Lentement mais sûrement, elle se désintègre et forme au sol, un paysage de cieux tourmentés. Plaques de neige blanche ou grise, pans de glace dure ou en sorbet, eau sombre qui affleure par endroits.

Pour l’instant l’hélicoptère est le seul moyen de rejoindre la base de Cap Prudhomme sur le continent à 5 kilomètres de la base française Dumont d’Urville (DDU) et de l’île des Pétrels. La banquise est trop fragile pour y marcher, trop compacte encore pour y naviguer.

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Mission en Terre Adélie : les manchots, premiers habitants de la station Dumont d'Urville

Grand ciel bleu. Un peu de vent. Temps idéal pour Fabien, le pilote, qui redoute surtout "quand tout devient blanc, ciel, mer, horizon et que tout se confond", explique-t-il. "Cela peut arriver d’un coup. Alors on perd ses repères, on ne sait plus si on monte ou si l’on descend; on ne sait plus où est la gauche, la droite et ça devient très, très dangereux. On arrête de voler".

Notre taxi Antarctique se pose à Cap Prudhomme. C’est la base de ce que l’on appelle ici avec une nuance de respect dans la voix, le RAID : un convoi d’une dizaine de tracteurs tirant chacun cinq ou six traineaux. Une caravane d’un kilomètre de long qui se lance trois fois par an dans une traversée de l’Antarctique pour ravitailler la station franco-italienne de Concordia à 1150 kilomètres à l’intérieur du continent.

Les tontons flingueurs du cercle polaire

A Prudhomme vivent une vingtaine de personnes, à l’écart de la station Dumont d’Urville. Des techniciens, mécanos, électros, métallos qui préparent le RAID. Une petite famille soudée depuis près de 20 ans. Une galerie de portrait hauts en couleur. Les tontons flingueurs du cercle polaire. Ils se sont tous pris de passion pour l’Antarctique. "Quand on y a goûté", dit Nico, de Pézenas, "on ne peut plus s’en passer".

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Mission en Terre Adélie : une rencontre à la terrasse de la base de Cap Prudhomme en Terre Adélie

Il y a Tito, le Vosgien, qui a grandi sur les pentes du col de la Schlucht : "Je croyais connaître l’hiver. Mais les Vosges c’est rien! Quand le vent le met à souffler ici, qu’on ne voit plus ses pieds, qu’on ne tient pas debout. C’est vraiment impressionnant!". 

Il y a Gilou, le chaudronnier, queue de cheval, face burinée, qui en redemande du genre : "On n’est pas bien ici ? C’est l’aventure ! Et puis on côtoie les scientifiques, c’est intéressant". Il y a Jean-Luc et sa tignasse; Biloute et sa gouaille; Bernard, Jacky, Alex et les autres. Et quelques jeunes qui se greffent à cette bande de vieux grognards. 


Sans compter une autre figure : Jean-Louis, le cuisinier. Tout droit sorti lui aussi d’un film de Michel Audiard. Moustache blanche. Corpulence de bon vivant. Regard malicieux. On nous en avait parlé comme d’une légende de l’Antarctique. 38 ans de service !  "On connait notre travail. Personne ne nous dit tu fais ci, tu fais ça. Et ça marche très bien". Son plaisir : tenir une belle et bonne table. "On arrive à faire de bons menus, de bons repas et on a de bons clients aussi. On maintient la tradition gastronomique française". Et quand on commence à lui parler de cette passion polaire qui l’anime, il retourne à ses fourneaux : "C’est l’heure du bain je vais mettre les filles à l’eau". Et le voilà qui plonge les pâtes dans la casserole.


Bertrand Lachat, qui prend des photos avec les tous grands chefs qu’il rencontre, le fait poser caméra à l’épaule sur la terrasse. Délicieux moment. Succulent repas avec vue sur la banquise. Chez Jean-Louis. Cap Prudhomme. Un beau jour de l’été austral.

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Mission en Terre Adélie : un cadeau pour la base Dumont d'Urville, un portrait du grand explorateur Paul-Emile Victor

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