Mission en Terre Adélie #25 : sur le chemin du retour

La mission Terre Adélie

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CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie il y a deux semaines sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Fin de séjour à Dumont d’Urville, notre équipe regagne l’Astrolabe. Nous sommes parmi les derniers à quitter les lieux. "Partir d’un endroit comme celui-ci, me dit Serge Fuster, le chef du district Terre Adélie, des TAAF, c’est toujours un arrachement. En bateau c’est toujours long. On n’en finit plus de s’éloigner. L’hélicoptère vous enlève en un clin d’œil. Comme un sparadrap que l’on arrache d’un coup".


L’Astrolabe, lui aussi, s’est arraché à son quai de banquise mais en douceur, avec le bruit d’une caresse. Stanislas Devorsine, le capitaine, pousse les moteurs. Il est 21 heures. Spectacle somptueux. Le navire polaire, petite masse rouge, avance sur un tapis d’eaux calmes et bleues entre deux icebergs de 30 ou 40 mètres de hauteur. Tous les passagers - nous sommes 40 à bord - sont sur le pont. Pas beaucoup de paroles, juste des yeux levés où se reflète la majesté des lieux. 


Devant, des manchots Adélie, se trémoussent et courent sur un morceau de glace avant de plonger et fuser au ras de l’eau en ondulant. On dirait un groupe de petits dauphins. La route est encombrée. Stanislas zigzague entre les blocs, pousse, monte sur cette banquise trop molle qui s’écrase dans un chuintement et bouillonne sur les flancs du navire. 

Floraison de roses, de mauves, d’orangés

Bertrand Lachat tente de dompter la lumière. Il tourne. Là, la bande blanche entre deux bleus du gigantesque iceberg B9B, 70 kms de long, qui semble un continent à lui tout seul ; ici, la trace d’une baleine qui ne repaîtra pas : "C’est bon ! On a ce qu’il faut je crois". Et quelques instants après avoir posé la caméra, il la remet sur son épaule car tout est différent dans ce même décor qui défile à 8 nœuds. 


C’est un détail, une couleur, une ombre qui se découpe sur les parois de glace dorée ; c’est le soleil, là-bas, qui descend sur la calotte du continent jusqu’à n’être plus qu’un point et lâcher dans les cieux une floraison de roses, de mauves, d’orangés. Le sillage de l’Astrolabe invente un dessin animé de courbes comme une danse lascive et résolue. 


L’Antarctique est derrière nous. On dit qu’il faut un sas entre le séjour en Terre Adélie et le retour en France. Pour digérer, se préparer, penser. Les 2700 kms, les 6 jours de voyage pour arriver en Tasmanie joueront peut-être ce rôle. Il est minuit. Je regarde ce paysage encore très blanc, très clair, derrière le léger voile d’obscurité que la nuit fait pleuvoir et, sur la peau, je garde la marque du sparadrap, arraché d’un coup.

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