Mission en Terre Adélie #27 : "Que c’est long !"

La mission Terre Adélie

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CARNET DE ROUTE - Une équipe de scientifiques français est partie il y a deux semaines sur la base française Dumont d’Urville, dans l’Antarctique. Tout au long du mois de janvier, nos reporters Michel Izard et Bertrand Lachat vous feront vivre cette aventure extraordinaire au pôle Sud. Voici la suite de leur périple.

Ce matin, le bateau semble sous une cloche grise, laiteuse à l’horizon; la mer est à l’avenant, plus sombre, en mouvement. Le blanc qui était notre décor en Terre Adélie, ne se voit plus que dans l’écume qui jaillit sur l’étrave, l’écume du sillage et l’écume des jours qui passent lentement. 


Emmanuel Le Meur, glaciologue de l’IGE de Grenoble, soupire: "Que c’est long !" Il a hâte de rentrer. Après deux mois de suractivité, installation de balises sur le glacier, raid scientifique de 34 jours et 1500 kms dans le désert blanc, cet arrêt subi dans l’espace confiné du bateau lui pèse. Claudia se lève en flageolant pour prendre un sac - il y en a un peu partout, à portée de main - pour éviter de repeindre les murs et le sol des cabines.


Au séjour, curieusement, un film de super héros montre une jeune femme qui vomit dans le lavabo après une téléportation et qui s’entend dire : "Tu ne t ‘es pas faite à cette façon de voyager depuis le temps !" Vincent Favier, pourrait prendre la remarque pour lui. Glaciologue lui aussi, il voyage depuis 14 ans sur l’Astrolabe "et c’est de plus en plus dur. Au début je n’avais pas trop le mal de mer. Maintenant je suis mal". Il me fait penser à cette comédienne chevronnée de la Comédie Française qui m’avait dit avant de monter sur scène pour Andromaque: "Le trac ne disparaît pas avec l’expérience. Au contraire. Plus j’avance plus il grandit".

L’Astrolabe à toute allure

Nous approchons le 60ème parallèle. Bientôt nous sortirons et de la convergence Antarctique qui sépare les eaux polaires de l’océan. Un voile de brume descend. Les températures vont monter. La mer ne sera pas plus clémente.


Fin janvier 1840, après avoir découvert, reconnu et nommé la Terre Adélie, Dumont d’Urville reste quelques jours dans les alentours du cercle polaire. Il tente de trouver le pôle sud magnétique, un des objectifs de l’expédition. Mais les recherches sont vaines, les équipages de l’Astrolabe et de la Zélée sont à bout de force, lui-même se dit "très fatigué du rude métier que je venais de faire, et je doute fort que j’eusse pu y résister plus longtemps". Alors dans la soirée du 1er février 1840, "par 65°20 de latitude méridionale et 180°21 de longitude orientale, nous dîmes un adieu définitif à ces régions sauvages et je mis le cap sur Hobart-Town".


Il mettra 17 jours pour arriver. Il nous faudra trois fois moins de temps. Sur le pont, j’écoute le ronflement du bateau en regardant les cheminées. Les moteurs crachent leurs 6000 chevaux lancés à plein régime. 12 nœuds : 22 km/h. En deux jours nous avons fait quelques 900 kms, un tiers du trajet. Mekry Limpulus, le bosco, le chef des matelots indonésiens, me fait signe, en tournant et retournant sa main sur elle-même, que l’Astrolabe va beaucoup rouler demain. Je lui demande s’il lui arrive d’être malade. Il répond : "Parfois, quand la mer est très mauvaise". On se sent moins seul.

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