10.000 Français scrutés dans une vaste enquête : "On a enregistré 6 ans de leur vie"

10.000 Français scrutés dans une vaste enquête : "On a enregistré 6 ans de leur vie"

VIS MA VIE - L’Institut national démographique (Ined) publie mercredi "Parcours de familles", une vaste étude sur l’évolution des modes de vie familiaux. Pendant six ans, l’Ined a suivi 10.000 Français, âgés de 18 à 78 ans, pour comprendre leurs parcours de vie et leurs évolutions. Arnaud Régnier-Loilier, chercheur à l’Ined, qui a piloté l’étude, nous détaille ce travail d'ampleur et riche d'enseignements.

C’est le résultat de six années d’enquête. D’une dizaine de milliers d’entretiens analysés, décryptés. Et, à travers eux, la vie d’autant de Français, scrutés, décortiqués. L’ Institut national d'études démographique publie mercredi "Parcours de familles" , une vaste enquête sur l’évolution des modes de vie familiaux dans notre pays. Pendant six ans, donc, l’Institut a suivi 10.000 Français, âgés de 18 à 78 ans. Arnaud Régnier-Loilier, chercheur à l’Ined, nous dévoile les résultats de cette expérimentation à grande échelle, qui prendra la forme d'un ouvrage, disponible mercredi.

Quelles ont été les conditions de réalisation de cette vaste étude ?

Nous avons réalisé une première enquête en 2005, qui portait déjà sur l’étude des relations familiales et intergénérationnelles. Elle avait permis d’interroger plus de 10.000 femmes et hommes âgés de 18 à 79 ans. Les mêmes personnes ont été retrouvées et réinterrogées trois et six ans plus tard, en 2008 et 2011. Cela permet de ne plus avoir seulement un portrait à un moment donné, mais de suivre le parcours de ces gens, de comprendre comment les comportements se construisent – ce qui fait qu’on va se mettre en couple, avoir un enfant, les conséquences que cela va engendrer. Bref, comprendre comment tous les moments de la vie s’articulent entre eux.

Il est difficile de résumer un ouvrage de 450 pages, qui traite des relations amoureuses, du travail ou des liens entre les générations. Certains constats balaient cependant des idées reçues…
Exactement. Par exemple, parmi la multitude de configurations familiales, les médias ont souvent tendance à présenter le couple non-cohabitant comme un nouveau mode de conjugalité, en plein boom. Or, on constate que si près d’une personne sur dix entretient une relation amoureuse stable avec quelqu’un qui réside dans un autre logement, on voit qu’après trois ans, seules 22% d'entre elles privilégient ce mode amoureux. Et la proportion tombe à 12% au bout de six ans. Les autres ont emménagé avec leur partenaire ou leur relation s’est tout simplement terminée.

Un chapitre est aussi consacré aux ruptures des couples, qui font de plus en plus partie des trajectoires de vie.
Notre étude ne permet pas de quantifier, de donner un pourcentage de ces ruptures. Mais il apparaît qu’il n’y a plus de profil type, qui se séparerait plus qu’un autre. La rupture touche désormais toutes les classes sociales, qu’elles soient diplômées ou non. Autre changement : le mariage et la présence d’enfants ne protègent plus de la séparation. Toutefois, nous avons constaté qu'un couple où l'un des deux (l'homme ou la femme) était plus diplômé que l'autre, offrait des gages de stabilité.

On découvre aussi que les couples restent plus inégalitaires qu’on ne le croit…
On observe un changement après l’arrivée des enfants : les femmes sont investies de davantage de tâches domestiques. Ce déséquilibre dans le couple tient en grande partie au fait qu’à la naissance d’un enfant, la femme arrête de travailler ou passe à temps partiel, et donc assez logiquement, augmente ses tâches domestiques. Or, souvent, l’arbitrage dans le couple se fait souvent en fonction des représentations qu’on peut avoir, mais aussi de celui qui gagne le plus… Pour faire évoluer les choses, des modifications seraient à faire au niveau du travail : salaires plus égaux, congé parental davantage pris par les hommes, etc.

On voit que le travail joue un rôle majeur dans la structure familiale… jusque dans les naissances !
Le travail est central dans la détermination des comportements familiaux. Si on prend deux personnes du même âge et même profil, qui avaient toutes les deux l’intention d’avoir un enfant dans les trois années à venir, on constate que si l’une vit une période de chômage, elle va moins souvent avoir un enfant. Pour les hommes, cela se joue de manière indirecte : les chômeurs retardent leur mise en couple, elle-même préalable à la constitution de la famille. Cependant, le facteur chômage joue seulement sur le premier enfant. Une période de chômage vécue par un couple avec enfant sera davantage vue comme un accident de parcours qu’un état précaire. Le ménage aura moins tendance à repousser ses projets.

> "
Parcours de Familles, Étude des relations familiales et intergénérationnelles ", sous la direction d’Arnaud Régnier-Loilier. Éditions Ined, collection "Grandes Enquêtes", 432 pages.

A LIRE AUSSI >> A quoi ressemble la vie des Français en 2015 ? La réponse en 10 graphiques colorés

Les tags

    Et aussi

    Sur le même sujet

    À suivre

    Rubriques