19-Mars : pourquoi la date de commémoration de la guerre d'Algérie passe mal à droite

19-Mars : pourquoi la date de commémoration de la guerre d'Algérie passe mal à droite

HISTOIRE - Le 19 mars, journée de commémoration de la fin de la guerre d'Algérie, arrive à grands pas et déjà, les critiques à droite s'accumulent. Une tribune de Nicolas Sarkozy dans "Le Figaro" relance la "polémique". Mais pourquoi la droite française est-elle réticente à commémorer cette date ?

54 ans après, la date de commémoration de la fin de la guerre d'Algérie continue de diviser. Le 19 mars prochain, François Hollande se rendra à la commémoration du cessez-le-feu du 19 mars 1962, conséquence de la signature des accords d'Evian, qui mirent un terme à la guerre d'Algérie. Une première pour un président français. Ce n'est d'ailleurs qu'en novembre 2012 que le Parlement, à majorité socialiste, a adopté une proposition de loi pour officialiser la "journée nationale du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie".

Jusqu'alors, la France commémorait cette période de l'Histoire le 5 décembre, avec la "journée nationale d'hommage aux "Morts pour la France" pendant la guerre d'Algérie". Instaurée en 2003 par Jacques Chirac, cette date "neutre" est jugée plus consensuelle notamment à cause du refus des associations de harkis de commémorer le 19 mars en raison des massacres perpétrés après cette date. Ce qui arrange également une certaine droite, peu désireuse de rendre un hommage trop appuyé à l'accord trouvé avec les indépendantistes du FLN.

"Le 19 mars, une défaite militaire" pour Nicolas Sarkozy

En critiquant le choix présidentiel dans une tribune publiée jeudi sur le site internet du Figaro , le leader de l'opposition et président du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy, rejoint donc la droite opposée aux commémorations du cessez-le-feu. "Le président de la République et sa majorité ont choisi délibérément le 19 mars, date du cessez-le-feu qui suivit la signature des accords d'Évian pour commémorer la fin de la guerre d'Algérie. Pour qu'une commémoration soit commune, il faut que la date célébrée soit acceptée par tous. Or, chacun sait qu'il n'en est rien, le 19 mars reste au cœur d'un débat douloureux", écrit l'ancien chef de l'Etat.

"Choisir la date du 19 mars, que certains continuent à considérer comme une défaite militaire de la France, c'est en quelque sorte adopter le point de vue des uns contre les autres, c'est considérer qu'il y a désormais un bon et un mauvais côté de l'Histoire et que la France était du mauvais côté", poursuit Nicolas Sarkozy. Une tribune qui passe d'ailleurs mal dans les rangs socialistes, à l'image du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis qui a réagi sur Twitter :

Invité de Public Sénat - Sud Radio ce vendredi 18 mars, le président du groupe PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux a fortement critiqué l'ancien chef de l'Etat. "Une nouvelle fois, il remet en cause la loi de son pays, la loi qui a été votée par l'Assemblée nationale, qui a été votée par le Sénat, et il la remet au profit d'un débat qui rouvre des plaies quand le président veut les fermer", s'est offusqué le député breton, glissant une référence aux affaires judiciaires impliquant Nicolas Sarkozy en cours.

Estrosi et les harkis

Parmi les mécontents, Christian Estrosi, président de la région PACA et maire de Nice. Ce dernier a annoncer, vendredi 11 mars, son refus de participer aux commémorations du 19 mars, qu'il juge comme étant une "provocation inqualifiable à l'égard de l'ensemble de la communauté rapatriée et des harkis",  déclarait-il sur France Bleu .

Après le cessez-le-feu, entre 60 et 70.000 harkis avaient été tués par le FLN, considérés comme des traîtres ou des collabos.  En 2013, plusieurs maires UMP de la côte méditerranéenne, dont Estrosi, avaient déjà refusé de commémorer le 19 mars pour les mêmes raisons. Marine Le Pen avait également défendu cette position.

Ménard et l'Algérie française

Si cette position ne remet pas en cause l'indépendance algérienne, une autre ne s'embarrasse pas franchement de ça. En mars 2015, le maire de Béziers Robert Ménard avait rebaptisé la rue du 19 mars 1962 en "rue Commandant Hélie-de-Saint-Marc", imité en 2015 par le maire FN de Beaucaire. Un changement fort de sens : ce commandant est une des figures des combattants pour l'Algérie française, jusqu'à fomenter un putsch contre le général de Gaulle, en 1961.

Rien de bien surprenant de la part de Robert Ménard, qui avait d'ailleurs publié un ouvrage intitulé "Vive l'Algérie française !" en 2012. Il avait par ailleurs décrit l'Algérie comme "[son] paradis à l'occasion de ce nouveau baptême de rue. De quoi ne laisser aucun doute sur le fond de pensée de celui qui se présente également comme un défenseur des harkis.

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