Accueil des migrants en France : assistanat, soins gratuits... le point sur les idées reçues

Accueil des migrants en France : assistanat, soins gratuits... le point sur les idées reçues

CRISE MIGRATOIRE - Le sort réservé en France aux migrants est l'objet de plusieurs idées reçues. Hébergement, allocations, santé... LCI démêle le vrai du faux.

Le débat sur l’accueil des migrants en France va-t-il s’inviter dans l’élection présidentielle ? A quelques jours de la fin de la trêve hivernale, des associations s'alarment de la "fermeture annoncée" de "milliers de places d'hébergement" qui remettrait à la rue des centaines de migrants. Un contexte propice aux critiques sur un accueil souvent présenté – à tort – comme favorable. Inventaire des idées reçues en la matière.

Des demandes d’asile accordées massivement, vraiment ?

Avant de parler d’accueil, encore faut-il avoir le feu vert de l’administration. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au cours des onze premiers mois de l'année 2016, la France a enregistré près de 78.000 demandes d'asile, en hausse de 10% par rapport à la même période l'année précédente. Un nombre record d’asiles a été accordé, à savoir 19.506, soit 25%, selon l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Selon ce dernier, le parcours pour obtenir un titre de séjour est relativement long (216 jours).


Au total, plus de 1,2 million de demandes d'asile ont été recensées dans les pays de l'UE en 2016, soit un nombre proche du record de 1,26 million de 2015, selon Eurostat. Et l'Allemagne est toujours de loin le pays où le plus de nouvelles demandes ont été enregistrées (722.300 en 2016, soit 60% du total), devant l'Italie (121.200), la France et la Grèce (49.000).


Des demandes d'asile à ne pas confondre avec les permis de séjour, qui reposent sur d'autres fondements : quelque 2,6 millions nouveaux permis de résidence ont été délivrés dans l'UE à des citoyens de pays tiers (hors UE) en 2015, selon les derniers chiffres d'Eurostat. Le nombre le plus élevé (633.000) a été accordé par le Royaume-Uni (pour des raisons d'éducation). Suivent ensuite la Pologne (541.600) pour des raisons d'emploi, la France (226.600), l'Allemagne (194.800), l'Espagne (192.900) et l'Italie (178.900).

Les migrants et "l’assistanat"

Si le système français fait partie des plus généreux en Europe – il s'agit du pays dont les dépenses sociales sont les plus élevées - il n'en demeure pas moins compliqué. En particulier pour les migrants, qui ne remplissent pas nécessairement les critères. Prenons l'exemple du revenu de solidarité active (RSA) : pour y prétendre, il faut avoir plus de 25 ans et concernant les étrangers, il faut avoir depuis au moins cinq ans un titre de séjour permettant de travailler en France. Autre possibilité ? Avoir le statut de réfugié ou être titulaire de la carte de résident. Au final, la part des étrangers dans les bénéficiaires du RSA représente 13% des allocataires.


Autre exemple, celui d'une famille étrangère en situation irrégulière. Si la France dispose d'une dizaine de minima sociaux, il est compliqué d'y prétendre. Pour cela, il faut avoir des enfants vivant auprès des parents et à leur charge. En outre, ils doivent être nés en France, être venus dans le cadre du regroupement familial ou avoir un parent reconnu réfugié. Quid des aides au logement ? Les étrangers en situation régulière sont éligibles, mais sous condition de ressources. 


Autre paramètre – et non des moindres – à prendre en compte : Bruxelles. Une directive européenne du 26 juin 2013 oblige les Etats membres à proposer un "niveau de vie adéquat [aux demandeurs d'asile] qui garantisse leur subsistance et protège leur santé physique et mentale". En France, les pouvoirs publics ont fondé leur budget sur un montant moyen de 8,40 euros par personne et par jour, soit 252 euros mensuels.

Les migrants soignés "aux frais" du contribuable

Un dispositif, l'aide médicale d'Etat (AME), permet en effet aux migrants en situation irrégulière de disposer de soins médicaux gratuitement, et ce pendant un an, renouvelable. Il faut toutefois remplir deux conditions pour cela, à savoir ne pas avoir gagné plus de 9631 euros l'année précédente, et justifier d'une résidence fixe en France depuis au moins trois mois. Autre avantage souvent montré du doigt, une réduction de 75% du Pass Navigo en Ile-de-France pour les bénéficiaires de l'AME. Sauf que celle-ci a été abrogée début 2016. A noter que les mineurs et les personnes en situation de reconduite à la frontière peuvent, eux, disposer de cette AME sans aucune condition. 

Des conditions de logements "favorables"

Des migrants logés à l'hôtel ? Cela est une réalité, quand les solutions d'hébergements "classiques" viennent à manquer. Dans les faits, tout dépend de leur statut : en situation irrégulière, un migrant peut être hébergé dans l’un des centres d’accueil et d’orientation (CAO) ouverts à l’automne 2015, ou dans un centre de transit. En cours de régularisation, un migrant peut être accueilli pour toute la durée de l’étude de son dossier dans l’un des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). Les mineurs isolés, eux, sont accueillis par les conseils départementaux en foyer de l’enfance ou par des associations. In fine, les hôtels ne sont bookés que lorsque ces solutions s'avèrent défaillantes. Dans le détail, elles ont doublé depuis 2012, pour atteindre 41.000 places en juin 2016, selon un rapport sénatorial présenté en décembre dernier.

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Au fait, et l'économie dans tout ça ?

Autre critique récurrente à l'égard des migrants : ils "voleraient nos emplois". Sauf que... Fin 2015, la Commission européenne a estimé que "l'afflux de réfugiés, "s'il est géré correctement, aura un léger effet favorable sur la croissance dans le court et le moyen terme". Selon elle, il devrait provoquer des "hausses de dépenses publiques dans plusieurs Etats membres", mais la hausse attendue de la main d'oeuvre "pourrait aussi se traduire par de l'emploi supplémentaire, une fois que les réfugiés avec suffisamment de compétences entreront sur le marché du travail". Tout en sachant que l'autorisation provisoire de travail peut être refusée par l'administration "si elle estime que le niveau de chômage est trop important".

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