Accusé de refuser de vendre des contraceptifs par "conviction religieuse", le pharmacien de Salleboeuf s'explique

Accusé de refuser de vendre des contraceptifs par "conviction religieuse", le pharmacien de Salleboeuf s'explique

POLÉMIQUE - Le Planning Familial accuse un pharmacien de Gironde de refuser la vente de contraceptifs pour des raisons religieuses. Contactés, le professionnel et son avocate réfutent, préférant parler de "clause de conscience". Explications.

Un pharmacien de Gironde refuse-t-il de vendre des contraceptifs en raison de ses convictions religieuses ? C’est en tout cas ce que dénonce le Planning Familial de la région qui, mardi 15 mars, a donné l’alerte. "Au mois de janvier, un médecin avec qui nous travaillons nous a interpellé. Ses clientes, dans leur village, n’avaient pas accès à la pilule d’urgence parce que le ‘pharmacien ne voulait pas’", nous explique Nicole Blet, administratrice de l’association féministe.

Pour en avoir le cœur net, deux militantes décident donc de se rendre à la pharmacie Pichon, dans la petite ville de Salleboeuf. "On voulait tester" poursuit notre interlocutrice. "Avec des prescriptions, nous avons demandé un stérilet et une pilule du lendemain. L’employée a alors expliqué que son patron ne voulait pas vendre ce genre de produits".

EN SAVOIR + >> Un pharmacien suspendu pour avoir refusé de vendre des contraceptifs

Amende de 5000 francs

L’affaire, relayée en premier lieu par nos confrères de Sud Ouest , remonte alors aux oreilles des autorités. Dans la foulée, l’Ordre des Pharmaciens décide de suspendre le professionnel pour une semaine, à partir du 2 mai. L’agence régionale de santé (ARS), également interpellée par le Planning Familial, a d’ores et déjà prévu de recevoir à ce sujet les militantes ce vendredi. Mais elles souhaitent aller plus loin : "On veut faire fermer cette pharmacie. Vous savez, ce monsieur, on le connaît déjà. Ça fait des années qu’il refuse de vendre des contraceptifs."

En 1995 en effet, Bruno Pichon a déjà été condamné par le tribunal de Bordeaux pour "refus de vente de préservatifs et de contraceptifs". A l’époque, il a dû s’acquitter d’une amende de 5000 francs. "Mais visiblement, ça ne l’a pas empêché de recommencer. Est-ce la mouvance de la Manif pour tous qui lui a donné des ailes ?" se demande Nicole Blet. Car selon elle, il n’y a pas de doute : c’est en raison de ses convictions religieuses que le pharmacien ne souhaite pas vendre de contraceptifs.

Un appel imminent ?

Autre son de cloche du côté du principal concerné. A metronews, qui l’a contacté ce mercredi, Bruno Pichon affirme en effet que "l’article qui parle de cette affaire est faux". Et ajoute que "ce n’est pas pour raisons religieuses" qu’il ne distribue pas de contraception, sans pour autant vouloir nous expliquer ses réelles motivations. Son avocate, Adeline Le Gouvello, connue notamment pour ses positions hostiles à la GPA et au mariage homosexuel, préfère quant à elle parler de "clause de conscience". Elle explique ainsi à metronews : "Le stérilet, qu’on reproche à mon client de ne pas avoir vendu, est un dispositif qui peut avoir des effets abortifs (pourtant, le site du gouvernement ne mentionne aucune étude prouvant cet effet, ndlr). C’est à ce titre qu’en tant que professionnel, il en a expliqué les effets à une jeune femme, en lui indiquant qu'il n'en disposait pas dans sa pharmacie et en précisant où elle pourrait en trouver."

EN SAVOIR + >> "Le stérilet a des effets abortifs", vraiment ?

Pointant du doigt "l’absence de cadre légal" dans lequel les militantes du Planning Familial girondin "sont allées faire leurs vérifications auprès du pharmacien", elle "envisage sérieusement" de faire appel de cette décision de suspension de son client.

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