Affiches de prévention contre le sida censurées par des maires LR : Touraine engage une procédure judiciaire

POLÉMIQUE - Marisol Touraine, la ministre de la Santé, a décidé de saisir la justice administrative après que plusieurs maires, dont ceux d'Angers et d'Aulnay-sous-Bois, ont pris des arrêtés pour retirer de leur commune des affiches de prévention contre le sida mises en place par le gouvernement. D'où vient la polémique ? Qui sont les opposants et qui sont les soutiens ? LCI fait le point.

La polémique autour de la campagne de prévention contre le VIH lancée par le gouvernement il y a quelques jours ne cesse d'enfler. Ce mardi, les maires de plusieurs communes, dont celles d'Angers, Aulnay-sous-Bois et Compiègne, ont annoncé avoir pris des arrêtés pour faire retirer les affiches de leur commune. Ils les jugent contraires "aux bonnes moeurs" ou "provocantes". 


Face à ce qu'elle qualifie de "censure", la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, a annoncé son intention de saisir la justice administrative. "Pour la santé publique et contre l'homophobie, je saisis la justice après la censure par certains maires de la campagne de prévention du VIH", a-t-elle déclaré dans un tweet. 


Mais d'où vient la polémique ? Qui sont les soutiens politiques et qui sont les opposants ? LCI fait le point.

D'où vient la polémique ?

Tout est parti d'un tweet. Vendredi dernier, Louis Ronssin, responsable de la Manif pour tous dans l'Ouest de la France, poste deux images de ces fameuses affiches en précisant : "Nettoyage en cours à deux pas d'une école primaire". Sur la première image, l'affiche est intacte. Sur la seconde, le texte qui accompagne la photographie est en train d'être peint en blanc. En réponse, Christine Boutin avait remercié ce militant avant de déclarer : "Mais quelle honte". 


Joint par LCI, Louis Ronssin n'a pas infirmé être l'auteur de cette dégradation, sans confirmer non plus. Il s'est même amusé à semer le doute. "Cette photo peut être interprétée de deux façons. D'un côté, je suis un héros, de l'autre, je suis Satan", a-t-il déclaré avant de dénoncer une campagne "incitant à la débauche".

Comment les maires justifient-ils leur "censure" ?

Ces affiches ont été installées sur des panneaux JCDecaux un peu partout dans l'Hexagone. Le maire Les Républicains d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Bruno Beschizza, a donc décidé de prendre un arrêté pour retirer ces affiches de prévention dans sa ville, au nom de la "protection de l'enfance". "Quand on met des messages subliminaux d'une aventure d'une nuit, d'accouplement sans parler d'amour de manière aussi lapidaire, sur un abribus, sans contextualiser, j'imagine un enfant de cinq ans qui, sans libre-arbitre, peut avoir une certaine confusion dans l'esprit", a estimé le maire sur BFM Paris.


Le maire LR d'Angers a lui aussi décidé de les faire retirer, dénoncant une campagne qui aurait plutôt sa place dans "des magazines pour adultes" que "devant des écoles primaires". Le maire de Compiègne a également annoncé son intention denlever les affiches.

Qui sont les opposants ?

Vendredi, Jean-Frédéric Poisson, l'ancien candidat à la primaire de la droite et du centre, avait dénoncé une campagne d'affichage faisant "la promotion de l'adultère". Dans la foulée, le parti chrétien-démocrate, sa formation, avait lancé une pétition pour demander le retrait de ces affiches, qu'il considère "indécentes" et "homophobes". Dans un communiqué, l'Association des éveilleurs d'espérance a aussi demandé aux maires "d'user de leur pouvoir de police pour exiger le retrait des affiches". Elle envisage même de porter plainte contre Marisol Touraine pour "corruption de mineurs"...  sans toutefois préciser les motifs sur lesquels elle pourrait se baser.


Mardi matin, Isabelle Le Callennec, députée LR et soutien de François Fillon pour la primaire de la droite, a de son côté jugé cette campagne "choquante" et "très suggestive".  "Il y a un message électoral en direction d'une communauté (...) les socialistes sont prêts à tout", a t-elle déclaré, affirmant avoir reçu "des appels de parents, de familles, qui sont choqués".

Qui sont les soutiens ?

A la suite de ces critiques, les réactions ne se sont pas faites attendre, notamment à gauche. Et l'une d'elles ne fait pas dans la dentelle. Ian Brossat, adjoint (PCF) à la Maire de Paris, en charge du Logement et de l'Hébergement d'urgence, a violemment réagi sur Twitter, qualifiant les maires anti-campagne de "connards moyenâgeux". 

Jean-Luc Romero, élu du 12e arrondissement de Paris et militant contre le sida, a directement interpellé François Fillon sur cette campagne : "Que pense F. #Fillon de la nouvelle campagne prévention #sida car bien de ses amis se déchaînent contre elle ou l'interdisent ? #gay #lgbti", a-t-il écrit sur Twitter. 

Vendredi, Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes était déjà intervenue sur la question. En réponse à un internaute s'inquiétant de "ce qu'il va dire à sa fille de huit ans", elle avait posté une réponse sur Twitter : "Qu'elle a la chance de vivre dans un pays où on informe les gens, sans déni, pour les aider à se protéger contre des maladies graves". 

En vidéo

ARCHIVES - "Moi, le Sida", une campagne qui faisait parler le VIH

Plus d'articles

Sur le même sujet

En ce moment

Rubriques