Agression à Marseille : trois questions sur le port de la kippa

Agression à Marseille : trois questions sur le port de la kippa

ZOOM – Alors que l'agression antisémite d'un enseignant à Marseille suscite un débat dans la communauté juive à propos du port de la kippa, le président du consistoire israélite local, critiqué depuis par de nombreux responsables, ayant préconisé de retirer ce couvre-chef religieux face au risque terroriste, metronews fait le point sur sa signification et ses usages.

Que symbolise la kippa ?
"C'est une sorte de signe de modestie, de marque de référence de l'homme vis-à-vis d'un dieu qui serait transcendant, au-dessus de sa tête", nous répond la sociologue Sophie Nizard, spécialiste en sciences sociales du judaïsme. Mais la kippa (kippot au pluriel), mot hébreu que le Larousse définit comme "la calotte que les juifs pratiquants portent sur la tête", n'est pas, "contrairement à ce qu'on pourrait penser, d'origine biblique, ni même talmudique", souligne le rabbin Philippe Haddad sur le site Akadem .

Ce dernier nous y apprend que ce couvre-chef uniquement masculin n'a commencé à se démocratiser comme signe distinctif des juifs qu'au début du Moyen-Age. Son port est ensuite institué par le Choulhan Aroukh, code de Loi juive compilé par le rabbin Joseph Caro au XVIe siècle, qui affirme qu''il est interdit de parcourir quatre coudées (deux mètres) sans avoir la tête couverte'".

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Est-ce une obligation de la porter ?
"Ce n'est pas une obligation absolue", nous explique une autre spécialiste du judaïsme, la chercheuse au CNRS Martine Cohen, qui note qu'"il y a 50-60 ans, c'était moins perçu comme tel par les juifs pratiquants : son port s'est davantage répandu ces dernières années, une certaine normativité religieuse s'étant imposée, du fait qu'il était plus facile de s'affirmer pour les juifs en France".

"Les plus pratiquants la portent en permanence, y compris lorsqu'ils sont dans la rue, mais certains ne le font qu'au moment des prières à la synagogue, ou chez eux et pas dehors, d'autres la mettent avec par exemple une casquette au-dessus... Il y a une variété des comportements et des pratiques", ajoute Sophie Nizard.

Des différentes kippa aussi : en velours, en soie, colorées ou personnalisées , il y en a pour tous les goûts. Début 2015, un coiffeur israélien avait même imaginé une kippa en cheveux .

D'autant, que ce n'est pas la kippa en tant que tel, mais le fait de se couvrir la tête qui importe : elle peut êtr remplacée par une casquette ou un chapeau par exemple.

Y-a-t-il des endroits en France où elle est interdite ?
Comme pour tous les autres signes religieux "ostensibles", depuis la loi du 15 mars 2004 , le port de la kippa est interdit dans les écoles, collèges et lycées publics (pas dans les universités en revanche). Mais il est autorisé ailleurs dans tout l'espace public.

Même à l'Assemblée : deux députés, Claude Goasguen (Les Républicains) et Meyer Habib (UDI), se sont ainsi brièvement affiché ce mercredi avec une kippa sur la tête dans la salle des Quatre Colonnes , "par solidarité" après l'agression antisémite de Marseille. Ils ne l'ont ensuite pas arborée dans l'hémicycle, mais ils auraient tout à fait pu le faire : le règlement du palais Bourbon n'interdit pas formellement aux députés le port de signes distinctifs religieux.

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