Ambroise Croizat, le créateur oublié de la Sécurité sociale

HISTOIRE - L'Union nationale des syndicats autonomes profitera de la journée de mobilisation des fonctionnaires ce mardi, pour faire entendre ses craintes quant au programme de réductions des coûts de la Sécurité sociale souhaitée par François Fillon. Retour sur la création de l'assurance maladie dont bénéficient tous les Français.

Si la Sécurité sociale fut élaborée par le Conseil national de la résistance (CNR) en 1944, sa création résulte des ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, rédigées à l’initiative d’Ambroise Croizat. Ce fils d’ouvrier né en 1901 en Savoie et forcé d’aller travailler à l’usine à 13 ans lorsque son père est appelé au combat en 1914, est l’un des fondateurs de la Sécurité sociale que nous connaissons aujourd’hui et que François Fillon souhaite réformer. 

Ouvrier à 13 ans, prisonnier à 40 ans, ministre à 44 ans

A l’époque jeune ajusteur, Ambroise Croizat manifeste contre la guerre, puis adhère à la CGT et à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), l’ancêtre du Parti socialiste. Engagé pour les droits civiques des travailleurs alors qu’il n’existe ni Sécurité sociale, ni retraite, ni mutuelle, Ambroise Croizat est sur tous les fronts dès 18 ans. Pain, paix, liberté : alors que la France traverse une terrible crise économique, que les ouvriers ne sont pas protégés contre les accidents du travail et que le système de santé est pauvre, il multiplie les actions dans plusieurs grandes villes de France et entre au Parti communiste français (PCF) dès sa création en 1920. 


Député de Paris en 1936, il présente la première loi sur les conventions collectives et dessine les contours d’une durée légale de travail hebdomadaire. Mais comme d’autres députés communistes, Ambroise Croizat est arrêté en 1939 et placé en détention à la prison de la Santé. Fers aux pieds, il transite dans quatorze prisons avant d’être envoyé au bagne de Maison Carrée dans la banlieue d’Alger, d’où il ne sortira qu’en février 1943. Après avoir connu la déchéance de ses droits civiques et des heures de torture, il présente une première mouture de ce qui sera notre Sécurité sociale, un ensemble de systèmes solidaires destiné à protéger les individus. 

Le père oublié de la protection sociale

A sa libération,  il est nommé par la CGT clandestine à la commission consultative du gouvernement provisoire d'Alger et devient ministre du Travail sous le général de Gaulle en 1945. Puis ministre du Travail et de la Sécurité sociale jusqu’en 1947. 

En deux ans, il abat un travail de titan avec la création de l’assurance maladie, la médecine du travail, les comités d’entreprises, le système de retraite, les allocations familiales, le statut des mineurs et la réglementation des heures supplémentaires. Pour autant, le mérite en est souvent attribué au président de Gaulle et Ambroise Croizat devient le ministre "oublié". 


Celui que peu de Français connaissent, alors que 65 millions d'entre eux bénéficient de "sa" protection sociale. Ses derniers mots à l'Assemblée résonnent encore : "Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès". Comme un avertissement pour que jamais la sécurité sociale ne soit livrée au privé. 

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