Assaut à Saint-Denis : ces femmes terroristes qui meurent en kamikazes

Assaut à Saint-Denis : ces femmes terroristes qui meurent en kamikazes

DECRYPTAGE - Le centre-ville de Saint-Denis a été le théâtre d'un assaut sanglant ce mercredi à l'aube, une femme actionnant son gilet explosif. Un acte sans précédent en France, mais néanmoins récurrent à l'étranger depuis plusieurs années. Notre éclairage.

Elle a déclenché sa ceinture d'explosifs plutôt que d'être capturée vivante. A l’aube ce mercredi matin à Saint-Denis, les policiers d’élite ont été "accueillis" par une femme kamikaze. Une première en France mais un phénomène qui, depuis une trentaine d’années, constitue le lot quotidien de divers conflits dans le monde. "Je ne suis pas surprise", nous explique d'ailleurs Carole André-Dessornes. Selon cette docteure en sociologie et spécialiste des femmes martyres, "après les attentats suicide de vendredi, l’étape suivante était d’avoir recours à une femme". "Des femmes qui combattent, il y en a toujours eu", abonde la spécialiste, rappelant des cas semblables en Tchetchenie, au Nigeria depuis 2014 ou en Irak entre 2005 et 2010.

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Evolution

"Déjà sous Al Qaïda, des femmes étaient embrigadées. Une Belge s’est par exemple faite sauter en Irak, le 9 novembre 2005 contre une patrouille américaine", complète Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe, contacté par metronews. Depuis1985  - et le cas d'une Libanaise de seize ans, Sana Khyadali, qui a précipité sa voiture piégée contre un convoi israélien, tuant deux soldats - et jusqu'en 2006, "plus de 220 femmes kamikazes se sont sacrifiées, ce qui représente près de 15% du total des kamikazes recensés", a précisé à l’AFP Fatima Lahnait, chercheuse, auteur du rapport Femmes kamikazes, le djihad au féminin publié par le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). 

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Pour autant, au sein de l'Etat islamique, conférer aux femmes le rôle de combattantes, est le résultat d'une évolution. "Abou Bakr al Baghdadi a longtemps demandé aux femmes de soutenir les combattants, de tenir un rôle d’infirmière, décrypte Mathieu Guidère. Mais dès 2013, une section de police féminine a été créé à Raqqa, et une brigade armée composée de femmes apparaît en 2014. A partir du moment où la coalition internationale s’est formée, un arrêté de mobilisation a été émis, leur ouvrant des fonctions combattantes. Une brigade de martyres a été créé en début d’année, sur la base du volontariat."

Difficile, toutefois, d’établir leur profil-type, les données manquant à ce niveau-là, déplore Carole André-Dessornes. Seule certitude : la religion joue un rôle crucial dans l'instrumentalisation de ces femmes. "L’ordre de mobilisation générale de Daech a été accompagné d’une fatwa selon laquelle l’islam est attaqué par tous les mécréants, relève Mathieu Guidère. Dès lors, tout musulman se devait de le défendre." Quel que soit son sexe.

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