Attentats de Paris : quel suivi psychologique pour les survivants ?

Attentats de Paris : quel suivi psychologique pour les survivants ?

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INTERVIEW – Carole Damiani est directrice de l'association "Paris Aide aux victimes", qui participe au dispositif de soutien mis en place par les autorités pour accompagner psychologiquement et juridiquement les rescapés des attentats de Paris et les proches des victimes. Elle répond aux questions de metronews sur ce soutien essentiel à leur reconstruction.

Avec des attentats aussi violents et un bilan aussi meurtrier, on imagine que la situation est extrêmement tendue pour vos équipes. Comment faits-vous face depuis vendredi ?
Nous avons dès samedi commencé à soutenir psychologiquement les victimes et à les informer sur leurs droits. Et nous recevons bien sûr énormément d'appels au sein de l'association ces derniers jours : hier (mercredi, ndlr) par exemple, nous en avons reçu près d'une centaine, et nous avons accueilli une vingtaine de familles qui avaient pris rendez-vous dans nos locaux. Actuellement nous sommes une dizaine de psychologues à travailler, mais c'est complètement insuffisant. Les prises en charge se faisant sur le long terme, et notre structure venant en aide à toutes les victimes d'infractions pénales, pas seulement celles des attentats, nous allons demander un renfort d'une quinzaine de personnes à temps plein à nos financeurs habituels, comme le ministère de la Justice et la Ville de Paris. Sinon on ne s'en sortira pas.

Comment pouvez-vous aider les victimes et les témoins à surmonter un tel traumatisme ?
Il est très important de prendre en charge rapidement les syndromes psycho-traumatiques. Il faut que ceux qui ont vécu ces scènes puissent parler des images qui les hantent, de cette crainte d'aller désormais dans certains lieux : parfois, ils ne veulent plus sortir de chez eux. C'est essentiellement un travail d'écoute, mais lorsque les angoisses sont trop massives, une médicalisation est nécessaire. Nous les orientons alors vers des services hospitaliers ou des psychiatres. Pour les personnes endeuillées, nous devons répondre à des questions très douloureuses. Dans un premier temps c'était par exemple : "Mon mari ou ma conjointe a disparu, comment je l'annonce à mes deux enfants ?" On fait alors ce qu'on appelle de la "guidance" : nous leur répondons qu'il ne faut pas être seuls pour le faire, car n'étant pas bien eux-mêmes, ils doivent être soutenus pour parler à des enfants qui fonctionnent comme de véritables éponges, et ressentent l'émotion de l'adulte.

Les attaques de vendredi sont inédites par leur ampleur, le mode d'action et les cibles visées. Les traumatismes sont-ils néanmoins les mêmes que lors des précédentes prises en charge que vous avez pu faire après des attentats ?
Ce sont les mêmes. Il y a toujours des particularités mais on retrouve des tableaux assez semblables. A partir du moment où le syndrome post-traumatique est déclenché par cette rencontre avec les morts, on observe des symptômes assez identiques : l'impression de voir l'événement partout, repenser sans cesse à la scène, se retourner au moindre bruit, ressentir de la tristesse, parfois se mettre à trembler et avoir des suées...

Tous ceux qui ont été ainsi exposés à la mort ont-ils besoin d'un soutien psychologique ?

Non, c'est vraiment au cas par cas. Mais les troubles peuvent être différés. Je me souviens d'un homme qui, au moment des attentats de 1995, était venu me voir car il y était poussé par son entourage, et me jurait qu'il allait parfaitement bien. Je lui ai néanmoins donné rendez-vous trois semaines plus tard. En fin de compte, pendant ses vacances, il avait entendu le bruit d'un avion à réaction et tout s'était déclenché. Il faut donc être vigilant : nous conseillons à tous, même s'ils n'en ressentent pas le besoin pour l'instant, de se signaler pour figurer dès maintenant sur les listes.*

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Outre les survivants et les familles de victimes, recevez-vous d'autres appels ?
Nous avons beaucoup de personnes qui n'étaient pas du tout impliquées et qui demandent néanmoins un soutien psychologique : des Parisiens ou des banlieusards qui nous appellent en disant qu'ils ne se sentent pas bien depuis les attentats de vendredi et que, même s'ils n'y étaient pas, ils ont été touchés par par les images vues à la télé. On les renvoie vers leur médecin traitant...

Quel sera votre rôle dans les mois à venir ?
Le soutien psychologique va continuer car de tels traumatismes ne se soignent pas en deux temps trois mouvements : on reçoit encore aujourd'hui des victimes des attentats de janvier. Sur le plan juridique, il peut y avoir des incidences à très long terme : les journées de travail perdues, une psychothérapie pour ceux qui en ont besoin, les prothèses ou un aménagement du logement qui peuvent être nécessaires pour des personnes blessées, peuvent par exemple être indemnisés. Nous informons les victimes sur leurs droits.

* La Cellule interministérielle d'aide aux victimes est joignable au numéro vert 0800 40 60 05, l'association Paris Aide aux victimes au 01 45 88 18 00.

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