Avec les touristes à la tour Eiffel : "Ça serre le cœur d'être à Paris pour s'amuser alors que tous ces gens sont morts"

Avec les touristes à la tour Eiffel : "Ça serre le cœur d'être à Paris pour s'amuser alors que tous ces gens sont morts"

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REPORTAGE - Certains ont songé à annuler leur séjour mais tous proclament la nécessité de continuer à vivre malgré le risque terroriste. Metronews s'est rendu lundi après-midi devant la tour Eiffel pour recueillir le sentiment des touristes après les attentats de vendredi.

Les vendeurs à la sauvette de tours Eiffel miniatures sont bien là, comme les arnaqueuses à la fausse pétition ou les vélos-taxis. Mais leurs affaires tournent au ralenti. "Il n'y a personne aujourd'hui !", lâche en passant une habitante du quartier, malgré les quelques touristes chinois qui, un peu loin sur le Champs-de-Mars, prennent la pause pour la classique photo de la Tour Eiffel tenue entre leurs doigts. Deux jours après les attentats qui ont ébranlé la capitale, les visiteurs sont bien moins nombreux qu'à l'accoutumée à venir admirer la Dame de fer, fermée depuis samedi mais toujours imperturbable dans le ciel parisien.

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"Quelqu'un nous a dit qu'on pourrait monter d'ici une heure ou deux, alors on attend dans le froid : on a acheté nos tickets il y a dix jours sur Internet", racontent Yohan et Romain, trentenaires arrivés le matin même d'Aix-en-Provence pour faire découvrir Paris à leurs épouses brésilienne et thaïlandaise, en patientant dans la file qui commence à se former devant le pilier ouest de la Tour. "Ouverture différée", continuent toutefois d'afficher les panneaux lumineux. Vérification faite auprès d'une cadre technique du monument : l'attente pourrait être bien plus longue. "Apparemment, des sites internet ont dit que nous allions rouvrir à 13 heures, comme les sites culturels parisiens . On devrait effectivement le faire d'ici ce soir, mais on ne sait pas du tout à quelle heure, nous explique-t-elle tandis que ses équipes s'activent pour poser des barrières : nous sommes en train d'installer un périmètre de sécurité supplémentaire. Il faudra ensuite que nos agents d'accueil viennent voir s'ils se sentent suffisamment protégés pour accepter de travailler, car beaucoup ont peur après les attentats".

"Toute la famille nous a interdit de venir"

Au milieu des militaires en armes et des policiers bien visibles, les touristes semblent toutefois prêts à prendre leur mal en patience, conscients que leur séjour sera de toute façon très particulier. "Quand on a vu ce qui s'était passé, on s'est demandé si nous n'allions pas l'annuler mais, très vite, on s'est dit qu'il ne fallait pas s'arrêter de vivre, poursuivent Yohan et Romain. On a quand même un peu d'appréhension, et ça serre le cœur d'être ici pour s'amuser alors que tous ces gens sont morts..."

Renoncer à leur voyage, beaucoup disent y avoir songé. "J'ai tenté d'annuler notre avion et notre hôtel mais c'était impossible, confie même Nadia, 33 ans, arrivée de Mexico samedi avec son mari et ses deux enfants en bas âge. On va se faire gronder par la famille au retour : tous nous ont interdit de venir parce qu'ils trouvaient le voyage trop dangereux." Malgré sa "tristesse pour les victimes", la petite famille passe néanmoins un début de séjour agréable." J'étais déjà venue en France il y a 15 ans et j'avais trouvé les Parisiens stressés et peu sympathiques. Là, je trouve que les gens marchent doucement dans la rue et, lorsqu'on est en difficulté avec notre poussette, ils viennent nous aider, observe Nadia. On sent que tout le monde a été touché au cœur par les attentats".

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De Christopher, Suédois de 28 ans qui philosophe en estimant que l'on peut de toute façon "mourir de bien d'autres choses que sous les balles", à Alexandra, étudiante russe qui affirme connaître "la même situation dans (s)on pays", en passant par Eduardo, père de famille argentin qui raconte la panique suscitée par une fausse alerte à la bombe alors qu'il visitait le Marais dimanche, tous disent la nécessité de continuer à vivre pour ne pas céder face aux terroristes. Et expriment leur solidarité avec les Parisiens. Cette nuit, comme celles de mardi et mercredi, ils pourront admirer la tour Eiffel illuminée en bleu-blanc-rouge. Les plus patients auront finalement déjà pu escalader ses marches : elle a rouvert lundi après-midi à 16h20.

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