Ce que veut vraiment dire "Bamboula"

Ce que veut vraiment dire "Bamboula"

ETYMOLOGIE – Remis en lumière avec l'arrestation du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois, le terme "bamboula" pollue la langue française depuis plus d’un siècle. Retour sur l’histoire d’un mot raciste qui a déjà suscité de nombreuses polémiques.

"Convenable", "presque affectueux"… En l’espace de quelques jours, par l’intermédiaire de l'affaire Théo d'abord, puis du syndicaliste policier Luc Poignant jeudi et de l’ancien magistrat Philippe Bilger vendredi, le terme "bamboula" a tristement et brutalement été remis en lumière. Un mot, aussi méprisant que raciste, qui avait fait son apparition en France au début du XXe siècle pour qualifier les tirailleurs africains venus combattre contre l’Allemagne aux côtés des soldats français. 


Comme l’explique la linguiste et sémiologue Marie Treps dans son ouvrage "Les mots voyageurs, petite histoire du français venu d’ailleurs" (Le Seuil), ou plus récemment dans Jeune Afrique, "bamboula" provient de "ka-mombulon", qui signifiaient "tambour" dans les langues sarar et bola parlées en Guinée portugaise, l’actuelle Guinée-Bissau. Ensuite, rappelle la chercheuse au CNRS, "au XIXe siècle, dans un contexte colonial, 'bamboula' en vient à désigner toute danse de caractère violent et primitif, et, par l’intermédiaire des tirailleurs algériens, il devient un synonyme argotique de 'fête' entre 1914 et 1918 : 'faire la bamboula'. Pire, 'bamboulas' finit par désigner, avec une forte connotation raciste, les Africains". 

Un mot raciste devenu argument marketing

Indéniablement raciste donc, le mot n’en finira pourtant plus d’être employé. Quitte même à servir d’argument marketing. À la fin des années 1980, la biscuiterie Saint-Michel lance ainsi une nouvelle marque de gâteau sec au chocolat baptisé "Bamboula". Une marque dont la figure de proue, cliché oblige, est un petit garçon noir vêtu d’un pagne léopard. Pendant plusieurs années, les affaires prospèrent. 


Le succès pousse la maison-mère à investir. En 1994, Saint-Michel s’associe au parc zoologique de Port-Saint-Père, près de Nantes, qu’il fait renommer "Le Village de Bamboula". L’entreprise y installe une statue géante de sa mascotte ainsi que la reconstitution d’un village africain d’inspiration ivoirienne. Des figurants habillés de tenues traditionnelles et entourés d’animaux sont alors censés divertir les visiteurs du zoo. C’en est trop pour de nombreuses associations qui portent plainte contre le biscuitier pour atteinte à la dignité humaine. L’épisode signe l’arrêt de mort de la marque. 

Déjà plusieurs polémiques ces dernières années

Mais le terme "bamboula" reste lui bel et bien vivant. Et, à la manière de "l’affaire Saint-Michel", se retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises sur le devant de la scène judiciaire et médiatique. Bien avant l'affaire Théo. En 2007 par exemple, un professeur est condamné à un mois de prison avec sursis et 1500 euros de dommages et intérêts par le tribunal d’Epinal pour avoir notamment lancé "Ah, voilà Bamboula !" à l’un de ses élèves d’origine angolaise. Nicolas Sarkozy, tout juste élu, avait alors reçu l’adolescent à l’Elysée. 


Sept ans plus tard, en septembre 2014, c’est cette fois au tour d’une chocolaterie auxerroise d’être au cœur d’une nouvelle utilisation controversée du mot. Sous la pression du Conseil Représentatif des Associations Noires de France (CRAN) et Sortir du Colonialisme, deux associations antiracistes interpellées par de nombreux internautes, l’établissement est alors obligé de changer le nom de deux de ses pâtisseries, le "bamboula" et le "'négro", qu’il commercialisait depuis 2009.


Le commerce avait tout de même tenu à se justifier en assurant qu'il s'agissait là de spécialités de la ville d’Auxerre vieilles d'un siècle et conçues à l'époque pour "rendre hommage" aux tirailleurs sénégalais blessés durant la guerre. Une explication qui n’avait pas convaincu.  

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