Charlie Hebdo : ces théories du complot qui séduiraient 1 jeune sur 5

Charlie Hebdo : ces théories du complot qui séduiraient 1 jeune sur 5

COÏNCIDENCE ? JE NE CROIS PAS - À chaque attentat, sa dose de complotistes. Celui perpétré le 7 janvier contre la rédaction de Charlie Hebdo ne déroge pas à la règle : sur Internet, des rumeurs remettent en cause les éléments de l'enquête. Un phénomène loin d'être anodin, puisque selon la ministre de l'Education nationale, un jeune sur cinq y serait sensible...

Elles ont été presque aussi rapides que les journalistes. Quelques heures seulement après l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier, des théories complotistes ont envahi la Toile, à coup de décryptages approximatifs d'images et de rapprochements bancals. Un classique, déjà observé après les attentats du 11-Septembre notamment, lorsque la crainte d'être manipulé pousse à réviser la version officielle. Le phénomène pourrait prêter à sourire s'il ne prenait pas une telle ampleur. La ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a en effet estimé jeudi qu'"un jeune sur cinq adhère aux théories du complot. Cela  mine une partie de la jeunesse". Voici quelques-unes de ces conjectures farfelues qui tournent sur Internet.

Des rétroviseurs à la couleur changeante

L'un des premiers éléments à avoir attiré l'attention des sceptiques sur Internet a été la voiture des auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo. Filmée dans le 11e arrondissement de Paris lors de la fusillade, la Citroën C3 noire est retrouvée un peu plus tard dans le 19e. Or, sur les images, la couleur de ses rétroviseurs semble avoir changé, du blanc au noir… "Détail plus qu'étrange, les assaillants ont peint les rétroviseurs en route !" relève le blog wikistrike , photos à l'appui. L'explication est pourtant simple : ces éléments sont en chrome. Un métal qui, selon la lumière et l'environnement, peut refléter une couleur différente, comme le montre une recherche appropriée sur Google images .


L'amateurisme suspect des frères Jouachi
Deuxième point qui a très vite interpellé certains internautes : il serait "assez hallucinant de voir que les tireurs, qui agissent comme des pros depuis le départ, ont été identifiés grâce à leur carte d'identité retrouvée par les enquêteurs dans la voiture", relève Boris, étudiant méfiant de Bordeaux. Et d'en déduire l'hypothèse suivante : la police savait que les frères Kouachi frapperaient mais avait perdu leur trace et, plutôt que d'avouer cette faille, prétendrait avoir retrouvé ce document pour justifier le fait de les avoir identifiés si rapidement. CQFD. Sauf que le "professionnalisme" supposé des deux tueurs est contredit par plusieurs autres éléments (mauvaise adresse, perte de chaussure, abandon du véhicule). Ce à quoi une source policière répond par cette hypothèse : “Ils ne pensaient sans doute pas s'en sortir et n'avaient certainement pas planifié leur fuite avec autant de soin qu'ils avaient monté l'attaque.”

Un faux mort à terre

Toujours à propos de la noire journée du 7 janvier, des internautes n'ont pas hésité à contester la mort d'Ahmed Merabet, le policier abattu par les tireurs boulevard Richard-Lenoir. Rapport à l'absence de sang supposée sur les images – capturées de loin et de mauvaise qualité – montrant son exécution. Une hypothèse bien indécente, au regard de la douleur de la famille du policier , qui l'a mis en terre mardi dans le cimetière musulman de Bobigny.

Le complot médiatique

Plus globalement, il est de tradition complotiste de mettre en cause les médias. Ainsi le petit rapporteur du Net , un blog habitué à délivrer une analyse très personnelle des attentats, relève qu'après l'attaque perpétrée contre Charlie Hebdo "en trois minutes le journal 20 Minutes est déjà au courant. Puis, moins de dix minutes après l'annonce sur 20 Minutes, la chaîne iTélé est déjà sur place". Sous-entendu : les journalistes étaient informés de l'attentat avant même qu'il ait eu lieu, participant donc à un présumé complot qui a notamment conduit à la mort de plusieurs de leurs pairs.

En réalité, il a été établi que les frères Kouachi ont commencé à tirer vers 11h30 , un voisin des locaux situant leur entrée dans l'immeuble à 11h25 . Or, tous les témoignages concordent pour dire que leur carnage dans la rédaction n'a duré que quelques minutes. Sachant que, parmi les voisins directs de Charlie Hebdo, se trouvent au moins deux sociétés de production audiovisuelle, il est donc parfaitement crédible que les réseaux des journalistes d'iTélé aient rapidement été mis au courant du drame, permettant à la chaîne de tweeter l'information à 11h35 , de ses locaux, et d'envoyer en urgence une équipe sur place. Suivant le même jeu de réseaux et de réflexes professionnels, 20 Minutes annonce la nouvelle, également via le réseau social, à 11h51.

Le voisinage de Charlie permet d'ailleurs d'expliquer un autre détail relevé par les internautes : sur le toit de l'immeuble, où se sont réfugiés des occupants de l'immeuble en entendant la fusillade, on voit un journaliste portant un gilet pare-balles . "Ce monsieur avait un gilet dans son bureau ? Il savait ce qui allait se passer ?" interroge un internaute. Bien vu, en fait, sur la première partie de sa phrase : de nombreuses rédactions possèdent bien des gilets pare-balles dans leurs locaux, que les reporters emportent lorsqu'ils se rendent sur un terrain de guerre.


Le complot sioniste

Au-delà de la seule journée du 7 janvier, les théoriciens de complot n'ont pas tardé à intégrer les événements de la semaine dernière dans leur théorie préférée : le complot sioniste. A l'appui, cette fois, un montage mettant en parallèle le tracé de la marche républicaine qui s'est déroulée dimanche à Paris - tourné à environ 90 degrés - avec... une carte d'Israël.


Coïncidence ? Les complotistes ne le croient pas. Jamais, en fait...

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