Circulation alternée : une mesure à côté de la plaque ?

Circulation alternée : une mesure à côté de la plaque ?

MESURE – La circulation alternée qui sera instaurée lundi matin à Paris et sa petite couronne a été décidée par le gouvernement afin de réduire la pollution aux particules fines qui oppresse la capitale depuis plusieurs jours. Aussitôt annoncée, cette décision n'a pas manqué de diviser, certains y voyant uniquement un effet de communication quand d'autres saluent l'action du gouvernement.

Demain, les véhicules pairs passeront leur tour. A partir de lundi matin, 5h30, seuls les véhicules dont le numéro d'immatriculation est impair auront le droit de circuler dans Paris et sa petite couronne. Cette mesure répond à une tentative du gouvernement de réduire à la pollution atmosphérique due à l'émission de particules fines (PM10). Sachant que le niveau d'alerte pollution ne sera pas atteint lundi, selon l 'association de surveillance de la qualité de l'air en Ile-de-France (Airparif), qui prévoit d'arriver au niveau d'information, plus bas. En contrepartie de cette décision, les transports seront gratuits en Ile-de-France. De leur côté, 700 policiers seront déployés pour contrôler les véhicules. Les conducteurs de ceux qui n'ont pas le droit de circuler s'exposeront à une amende de 22 euros, sans perte de points.

La décision d'instaurer la circulation alternée n'a pas tardé à soulever des questions en terme d'organisation et surtout d'efficacité. Certains, tels que le président de l'UMP Jean-François Copé se demandant par exemple si cela allait "avoir quelque effet sur un pic de pollution dont on voit bien que cela va bien au-delà du nombre de voitures qui roulent". D'autres, comme le candidat écologiste Christophe Najdovski (EELV) saluant l'action du gouvernement tout en la jugeant "extrêmement tardive" et ne réglant "rien sur le fond ". L'organisation de défense des automobilistes, Automobile Club Association, (ACA), a quant à elle fustigé "une mesure d'affichage" visant "surtout à générer la pagaille, pénaliser les ménages modestes et les familles de la couronne qui ont besoin de se déplacer en voiture et engendrer des coûts économiques supplémentaires".

Des effets difficiles à connaître

La situation est de fait unique puisque la circulation alternée n'a été testée qu'une seule fois par le passé, le 1er octobre 1997. Le retour d'expérience avait montré, d'après un bilan dressé en décembre 2013 par le Comité interministériel de la qualité de l'air (CIQA) , que "le trafic avait baissé de 15% sur la zone concernée", jusqu'à 20% à Paris et sur le boulevard périphérique et 8% sur les autres communes. La circulation alternée aurait ainsi permis une "baisse des émissions globales de dioxyde d’azote sur l'Ile-de-France de 15 %". Depuis, le parc automobile ainsi que le trafic francilien ont considérablement évolué. Difficile dès lors de connaître les effets de la circulation alternée.

"A Paris, rappelle pour metronews Charlotte Songeur, ingénieur d'études à Airparif, les deux secteurs qui émettent le plus de particules en terme de concentration sont le chauffage et le trafic routier. Ainsi, la circulation alternée est une bonne chose en cas de pics de pollution. Mais, nuance-t-elle, cela ne résoudra pas le problème de la pollution chronique". De son côté, le ministère de l'Ecologie, contacté par metronews, préfère ne pas s'avancer en donnant des chiffres tant que l'expérience n'a pas été faite. Le ministre de l'Ecologie, Philippe Martin, a simplement annoncé dimanche "attendre une baisse importante de voitures dans cette zone", ajoutant que l'expérience de 1997 avait "donné des résultats". Lundi, le gouvernement décidera si la circulation alternée est reconduite mardi, auquel cas ce seront les véhicules aux plaques d'immatriculation paires qui auront la chance de pouvoir circuler.

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