Contre la maltraitance infantile, L'Enfant Bleu demande une prise de conscience : "La mort de Fiona n'était pas une fatalité"

Contre la maltraitance infantile, L'Enfant Bleu demande une prise de conscience : "La mort de Fiona n'était pas une fatalité"

ENFANCE MALTRAITÉE – Dans son livre blanc sur la maltraitance des enfants, publié ce mardi alors que la mère et l'ex-compagnon de la petite Fiona sont jugés pour la mort de la fillette, l’association L’Enfant Bleu soumet vingt propositions pour "agir en amont" du drame, dont l'imprescriptibilité de certains crimes et délits. Pour l’heure, aucun(e) responsable politique ne s’est encore emparé du sujet.

Voilà deux jours que l’affaire Fiona est jugé devant la cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom. Deux jours que la maltraitance infantile est au cœur des débats et des questionnements, autant sociétaux que judiciaires. C’est donc fort logiquement que l’association L’Enfant Bleu a décidé de rendre public, ce mardi 15 novembre, son livre blanc pour la protection des enfants victimes de maltraitance.

Car au départ, il y a un constat. Un constat chiffré, soigneusement calculé sur la base des enfants pris en charge par l’association. Parmi eux, 38% ont été victimes de maltraitances physiques, 32% de violences sexuelles, 21% de maltraitances psychologiques, 8% de négligences et 1% d’actes de torture et de barbarie. Des chiffres auxquels l’association répond par vingt propositions, pour éviter le pire.

Signalements et formation continue

Au programme, des mesures de prévention par le biais de visites inopinées chez les familles suivies, la création d’un système centralisé des signalements faits par des professionnels et une formation initiale et continue des intervenants auprès des enfants. Mais aussi et surtout, un volet judiciaire visant à rendre systématique la condamnation et le suivi du coupable de maltraitances sur mineurs. 


L’association propose ainsi entre autres l’allongement des délais de prescription des délits relatifs aux violences physiques et psychologiques sur mineur, une imprescriptibilité des crimes et de certains délits sexuels commis à l’encontre des mineurs et une amélioration de la prise en charge psychologique et psychiatrique du délinquant sexuel dès la détention. Interrogé par LCI, Michel Martzloff, général de L’Enfant bleu, explique vouloir avant tout éviter la case procès : "Nous demandons surtout une amélioration de la prise en charge en amont, avant que les drames ne se produisent. Comment se fait-il que le nombre d’enfants protégés aujourd’hui en France – qui est de 300.000 - n’ait pas bougé depuis une quinzaine d’années ?" se demande-t-il.

"Fiona, Inaya, Bastien... la liste terrible"

Et concernant les affaires qui atterrissent devant les tribunaux, il demande à ce que la victime ait toutes les cartes en main pour obtenir réparation : "C’est pourquoi nous voulons un allongement des délais de prescription de crimes et de certains délits, car la justice doit reconnaître la culpabilité des auteurs pour permettre à la victime de se reconstruire. Nous demandons notamment un délai de prescription de 40 ans quand des violences physiques surgissent sur des petits. Aujourd’hui, la prescription pour de telles violences est de trois ans. Ce n’est pas assez : on le sait, ce type de violences est répétitif."


Mais alors comment rendre ces propositions concrètes ? Depuis plusieurs années, l’allongement des délais de prescription des violences sexuelles sur mineurs est une question qui frappe régulièrement à la porte du Sénat, sans succès. En ce qui concerne le combat de L’Enfant Bleu, Michel Martzloff le reconnaît volontiers : "Ce sera difficile car la législature actuelle se termine." Mais il ajoute, plein d’espoir : "Nous devrions être reçus par députés et sénateurs d’ici à la fin du mois. Nous ne lâcherons pas. Nous en avons assez de courir les procès d’assises en sachant à l’avance ce qui va être dit et répété. Fiona, Inaya, Bastien… cette liste terrible d’enfants morts maltraités aurait pu être évitée. Leur mort n’était pas une fatalité." 


En attendant, l’association a mis en ligne une pétition visant à interpeller la ministre des Familles Laurence Rossignol sur ses propositions. Contactée ce mardi, la ministre n’a pas encore répondu à nos sollicitations sur le sujet.

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