Craintes autour de la pilule contraceptive : "Laissons les femmes être leur propre repère"

Craintes autour de la pilule contraceptive : "Laissons les femmes être leur propre repère"

SANTÉ - Depuis peu, la pilule contraceptive se retrouve au cœur de nouvelles polémiques anxiogènes. Au-delà de ce débat, et si c'était l'occasion de davantage écouter le ressenti des femmes ?

Zoé, la trentaine, prenait la pilule depuis dix ans lorsqu'elle a décidé, un beau jour, de laisser sa plaquette au placard. Ce n'est pas qu'elle désirait un enfant. En fait, Zoé en avait marre de "prendre un médicament tous les jours". "Et puis aussi, confie-t-elle à LCI, j'avais entendu parler des risques que la pilule représentait pour la santé : les dérèglements hormonaux et les risques de cancer qu'elle pouvait entraîner à terme. Alors, comme je n'avais pas de copain sérieux à l'époque, j'ai décidé de laisser tomber." Et depuis trois ans, elle n'y est pas revenue. "J'ai vraiment eu l'impression de retrouver des émotions. Sur moi, l'arrêt de la pilule a eu des effets immédiats."


Comme Zoé, elles sont nombreuses aujourd'hui à tourner le dos à la contraception hormonale. Signe des temps, la journaliste indépendante Sabrina Debusquat vient de publier "J'arrête la pilule". Un ouvrage polémique où elle revient sur ce "produit cancérigène de première catégorie et perturbateur endocrinien puissant prescrit à des jeunes femmes en parfaite santé". Mais au-delà du débat anxiogène autour de ce qui fut, à partir de 1967 en France, un outil pour le droit des femmes à disposer de leur corps, nous avons demandé son avis éclairé à Héloïse Galili, animatrice au sein du Planning Familial de Paris.

Des critiques "forcément fondées"

D'abord, une requête : "Il ne faut pas diaboliser la pilule", explique Héloïse Galili. "On remarque que certaines critiques sont parfois instrumentalisées par des personnes qui sont opposées à la contraception en général et qui voudraient que les femmes reviennent à des méthodes où elles se retrouvent restreintes dans leur choix ou non de concevoir." Le décor est dressé, reste à traiter d'une question toute en nuance.


"Il est difficile de répondre aux critiques formulées contre la pilule de manière univoque", poursuit la conseillère. Pour la simple et bonne raison que certaines d'entre elles sont "forcément fondées".  Sur le lien entre cancer et contraception hormonale, par exemple : "Nous avons besoin de nouvelles études sur le sujet", note Héloïse Galili, "mais pour l'instant, nous sommes vigilantes au sujet du cancer du sein. Si la mère d'une patiente a été atteinte du cancer du sein, nous lui conseillons d'arrêter la pilule dix ans avant l'âge auquel sa mère est tombée malade". En 2005, en effet, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a estimé que la pilule était liée à une légère augmentation du risque du cancer du sein. Par ailleurs, en 2015, des travaux menés à l'université d'Oxford ont démontré qu'elle avait évité 200.000 cancers de l'endomètre au cours des dix dernières années. 


Et sur les risques cardio-vasculaires ? Là aussi, il convient d'être vigilant. "L'hormone de l'œstrogène peut être en cause dans des risques thromboemboliques, comme l'AVC, la phlébite ou l'infarctus", nous explique-t-elle encore. Pour les éviter, nous demandons à la patiente les antécédents dans sa famille. Et on oriente, si besoin, vers une contraception progestative comme l'implant ou le DIU (stérilet, ndlr)".

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Pourquoi la pilule est le contraceptif favori des Françaises ?

L'accès aux méthodes alternatives : c'est pas encore ça

Alors, oui, il existe des effets secondaires à la prise de la pilule hormonale. Mais pour la conseillère au Planning familial, la vraie réponse à ce débat houleux qui n'est pas de nature à rassurer les patientes sous contraception, est celle-ci : "Laissons les femmes être leur propre repère." "Ce n'est pas grave de vouloir arrêter la pilule, il existe plein d'alternatives pour la remplacer. Et la meilleure contraception est celle que la femme choisit." Elle poursuit : "Le problème, c'est que les professionnels n'entendent pas forcément les plaintes qu'elles formulent sur leur moyen de contraception... et que l'accès aux méthodes alternatives - comme le stérilet pour les jeunes femmes - reste encore difficile." De la même manière, elle souligne : "Le patch contraceptif ou l'anneau ne sont pas encore remboursés, il faudrait y remédier." Car la pilule, bien qu'elle soit le premier moyen de contraception utilisé en France, ne convient pas à tout le monde. 

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