Délit d'entrave numérique à l'avortement : l'élue LR Aurore Bergé piège le site IVG.net

DROIT DES FEMMES - Alors que le délit d'entrave numérique à l'IVG est en débat à l'Assemblée nationale ce jeudi, l'élue LR Aurore Bergé a appelé IVG.net, se faisant passer pour une femme voulant avorter et dénonce la désinformation

Le débat du jour est vieux de plusieurs décennies. C’est en 1976 que le gouvernement adopte la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse, la loi dite "Veil". A l’époque, l’avortement maison pratiqué clandestinement avec des aiguilles à tricoter ou des tiges à rideaux était le seul moyen d’interrompre une grossesse. Désormais, les femmes peuvent avorter avant la fin de leur premier trimestre entourées d’une équipe médicale. 40 ans ont passé, mais les opposants à l'IVG continuent de clamer leur rejet de la pratique, nul n'étant privé d’émettre son opinion dans le pays de la liberté d’expression. De là à pratiquer la désinformation ou même, entraver l'information ?

La conversation se conclut en me disant de voir avec mon médecin traitantAurore Bergé

Alors qu’un projet de loi visant à élargir le délit d'entrave à l’avortement aux sites internet diffusant des informations "biaisées" sera présenté à l’Assemblée nationale ce jeudi, Aurore Bergé, élue LR, raconte comment elle a piégé l'un d'entre eux, le site IVG.net. En appelant le numéro vert du site, comme LCI l'avait fait il y a quelques mois, l’élue a prétendu pendant 18 minutes vouloir avorter et posé des questions sur la démarche à suivre, en vain. Elle est redirigée vers son médecin traitant, comme elle le raconte à Rue89.


Contactée par LCI, elle explique que les femmes qui ont recours à cette démarche "sont a priori vulnérables et ne peuvent pas en parler autour d’elles. Elles se retrouvent chamboulées après cet appel, perdues, parfois hors-délai sans savoir vers qui se tourner. C’est une entrave à l’information qui génère des situations de stress". Selon elle, IVG.net, se disant être dans "une posture de bienveillance", plonge les femmes qui les appellent dans "un sentiment de culpabilité". 'En quelques minutes vous pensez que votre couple est foutu, que vous n'aurez jamais d'enfants après...'


"Les couples ne se remettent pas d’un IVG", "l’IVG augmente considérablement les risques d’infertilité", "vous avez pensé aux conséquences psychologiques et biologiques ?" lui raconte dit son interlocutrice. Aurore Bergé répète "une dizaine de fois" qu'elle est sûre de sa décision et insiste pour avoir des informations. "La conversation se conclut en me disant de voir avec mon médecin traitant. [...] Etre contre l’IVG est une opinion. Une opinion qui est protégée par la liberté d’expression. Entraver volontairement le droit à l’information des femmes est une atteinte à leurs droits", dénonce-t-elle. 

A huit semaines, ce n’est plus un œufIVG.net

Contacté par LCI, le site IVG.net affirme donner "des informations complètes" aux femmes qui l’appellent et les renvoyer systématiquement "vers l’hôpital le plus proche ou leur médecin traitant". Pas vers un planning familial ? "Suivant l’âge… Si c’est un fœtus. A huit semaines, ce n’est plus un œuf… Je vous l’ai dit, on oriente l'appelante (nom donné par les gestionnaires du site aux femmes qui appellent le numéro vert) vers un hôpital ou un médecin". Concernant l’appel d’Aurore Bergé, c’est "risible", "grave", "invraisemblable qu’une élue perde du temps en passant un appel fictif alors que des femmes sont vraiment dans la détresse". C’est "hallucinant. Elle s’y croit complètement. […] C’est une minette... qui dit n’importe quoi... et il y aura des suites, croyez-moi".


Sur IVG.net, dix études scientifiques, toutes orientées en défaveur de l’IVG ou en faveur de la grossesse, sont relayées. "Le gouvernement ne donne aucune référence scientifique, c’est inadmissible qu’en 2016 il n’y ait pas de liberté d’expression sur le sujet", s'est défendu le site. Pour autant, notre interlocutrice concède qu’elle pourrait également publier des études scientifiques sur les réussites de l’IVG : "Oui, on pourrait les donner c'est vrai. Mais vous savez, il y a très peu d’études réalisées sur l’IVG en France... Bah trouvez-la moi !" Le site du gouvernement en propose déjà quelques unes... mais il est devancé en référencement par ivg.net.

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