Djihadistes présumés privés de passeport :  "une mesure dissuasive"

Djihadistes présumés privés de passeport : "une mesure dissuasive"

TERRORISME - Suspectées de vouloir partir en Syrie, six personnes ont vu leurs papiers confisqués, première application des nouvelles mesures de lutte contre le terrorisme. Mais une telle mesure était-elle nécessaire et sera-t-elle efficace ? Explications de Jean-Charles Brisard, président du Centre d'Analyse du Terrorisme.

Six personnes soupçonnées de vouloir rejoindre la Syrie ont été interdites de sortie du territoire et ont vu leurs papiers confisqués . Une telle mesure n’est-elle pas attentatoire aux libertés et est-elle vraiment nécessaire ? Ces questions peuvent se poser, même si, pour la première d'entre elles, il faut préciser que les djihadistes présumés en question se sont vus remettre un récépissé et qu'il ils ne sont donc pas “sans papiers”. Leur carte d’identité et leur passeport ont été confisqués pour une durée de 6 mois renouvelable, les empêchant ainsi seulement de voyager. "Ce récépissé aura la même valeur que la carte d’identité et permettra de faire les mêmes choses, hormis la sortie du territoire", précise à metronews Jean-Charles Brisard, président du Centre d'Analyse du Terrorisme.

La possibilité d’interdire de sortie du territoire des personnes suspectées de terrorisme a été inscrite dans une loi votée en France en fin d'année dernière. Mais cette disposition n’est pas nouvelle en Europe. Elle existait déjà en Grande-Bretagne et en Allemagne et est actuellement envisagée au Danemark.

Une vingtaine de projets d'attentats depuis 2013

Quant à son utilité pour lutter contre le terrorisme, Jean-Charles Brisard, affirme que la mesure est avant tout "dissuasive", nécessaire "pour éviter que ces individus ne deviennent dangereux". On constate en effet, selon le spécialiste, que les personnes qui ont planifié des attentats après être revenues de Syrie ont prévu des projets plus complexes que les personnes restées sur le territoire. Des projets qui comprennent l’usage d’armes lourdes et sont donc potentiellement plus meurtriers.

La mesure suffira-t-elle et sera-t-elle efficace ? Les candidats au djihad empêchés de partir ne risquent-ils pas en outre de se retourner contre le territoire français ? “Ce risque existe déjà”, commente Jean-Charles Brisard, selon lequel la majorité des attentats et projets d’attentats fomentés dans les pays occidentaux depuis 2013 - une vingtaine - l’ont été par des "sympathisants" qui ne s’étaient jamais rendus sur le théâtre des opérations, à l'exception de Mehdi Nemmouche, l'auteur de la tuerie au Musée juif de Bruxelles  

40 dossiers en cours

Les suspects privés de papiers d’identité peuvent contester la mesure devant un juge administratif. Mais le tribunal a peu de chance de retoquer la décision d’interdiction de sortie du territoire et la confiscation des papiers, selon le président du Centre d'Analyse du Terrorisme, notamment car elle vise des individus qui ont manifesté leur envie de partir à travers des actes matériels précis, comme la réservation de billets d’avion, ou des communications avec des membres de Daech sur le terrain.

A terme, la mesure devrait englober l’ensemble des personnes signalées via la plateforme de renseignement dédiée et qui ont manifesté leur intention de partir. Soit peut-être des centaines de personnes, bien au delà des 40 dossiers qui sont actuellement en cours d'examen, selon le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

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