Doit-on faire confiance à ceux qui prédisent (ou non) une nouvelle crise ?

Doit-on faire confiance à ceux qui prédisent (ou non) une nouvelle crise ?

ECONOMIE - Catastrophe imminente pour les uns, phénomène mineur pour d'autres, la débâcle des Bourses mondiales emportées par celle de Shanghai divise les analystes. Qui croire ?

A l'occasion de la débâcle des Bourses mondiales emportées par celle de Shanghai, les incontournables Alain Minc et Jacques Attali délivrent leurs prédictions contradictoires sur l'ampleur de la crise. Pour le premier, "ce n'est pas un phénomène majeur" ; pour le second, une "catastrophe économique" approche. Le gouvernement, lui, se veut rassurant. Qui croire ? Pour aider à y voir clair, metronews s'est replongé dans leurs analyses précédant la dernière grande crise mondiale : 2008.

Alain Minc : crédibilité à reconstruire
Ce mardi matin sur France Inter , l'économiste et essayiste livre son analyse de l'effondrement des Bourses cette semaine : "C'est une crise d'une autre nature ; 2008, c'est une crise comme on n'en avait pas connue depuis 1929, on ne l'avait pas vue venir. Celle-là, ce qu’on ne voit peut-être pas venir, ce sont les soubresauts, en Chine. Alors là-dessus, on ne sait rien. Mais en termes purement économiques, ce n’est pas un phénomène majeur. Et même le Premier ministre me paraît assez pessimiste (Manuel Valls prévoit un impact que "quelques dixièmes de points" sur le PIB français, ndlr)".

Si Alain Minc insiste tant sur le fait que la crise de 2008 était imprévisible, c'est peut-être parce qu'il sait que des esprits taquins ont retenu ce qu'il affirmait le 5 janvier 2008, soit sept mois avant l'éclatement de la précédente crise, sur Direct 8 : "On nous aurait dit que le système financier serait régulé avec un doigté tel qu’il évitera une crise, qui aurait pu être quand même de l’ampleur des très grandes crises financières qu'on a connues dans le passé... C’est quand même un univers, au fond, qui est très résilient, qui finalement, sans qu’il y ait d’organe apparent de régulation, est très bien régulé, quand même (...) et l’économie mondiale est plutôt bien gérée". Sic.

Jacques Attali : crédibilité à rebours
Le 17 août, sur son blog hébergé par L'Express, l'économiste prévoit que "le monde s’approche d’une grande catastrophe économique" et que "ce qui se joue en Chine peut entraîner, par contagion, une dépression planétaire si nous n’agissons pas vite". Et fait valoir fait qu'il a vu celle-ci venir il y a déjà six mois : "Pour avoir écrit ici le 4 février dernier qu’une nouvelle crise économique mondiale menaçait, et en avoir révélé les signes avant-coureurs, j’ai déclenché d’innombrables ricanements." En mai 2014, Jacques Attali avait également écrit un billet intitulé : "La prochaine crise : en 2015 ?", relevant que " depuis plus de vingt-cinq ans, une grande crise économique et financière s’est déclenchée tous les sept ans".

"Je vous l'avais bien dit", un gimmick cher à l'éternel conseiller des Présidents... En octobre 2008, à propos de ce qu'il qualifiait l'été précédent de "tsunami qui approche", Jacques Attali déclarait ainsi sur France Inter : " Il y a presque deux ans, j'avais raconté la crise telle qu'elle est en train de se dérouler" . Mais en fait de tsunami, le fameux rapport sur "la libération de la croissance française" qu'il avait dirigé et remis, en janvier 2008, au président Nicolas Sarkozy et qui se faisait fort de livrer "un diagnostic de l’état du monde et de la France", se gardait de tout catastrophisme : "Le monde est emporté par la plus forte vague de croissance économique de l’histoire (…). Si la gouvernance politique, économique, commerciale, environnementale, financière et sociale de la planète sait s’organiser, la croissance mondiale se maintiendra très durablement au-dessus de 5% par an". Au moins Jacques Attali peut-il se targuer d'avoir eu raison avant Alain Minc, puisque lui déclarait dès décembre 2007, dans le JDD : "Nous risquons une crise de 1929".

Gouvernement : crédibilité au pied du mur
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a considéré ce mardi à Berlin que si la Chine représente aujourd'hui un facteur de risque pour la reprise économique mondiale, "la croissance française pour 2015 n'est pas menacée par la crise chinoise". La veille déjà, François Hollande avait estimé que l'économie mondiale était "suffisamment solide" pour que sa croissance ne soit "pas seulement liée à la situation en Chine". Manuel Valls a même évalué l'impact du ralentissement de l'économie chinoise pour la France, qui ne devrait selon lui pas aller "au-delà de quelques dixièmes de points" de PIB.

Le problème avec le gouvernement c'est que, de droite ou de gauche, il n'a de cesse de rassurer les marchés, quitte à flirter avec la méthode Coué. Avant de reconnaître, à l'automne 2008, que la crise financière américaine (déclenchée en 2007) aurait un impact important sur l'économie mondiale, Nicolas Sarkozy et son gouvernement avaient persisté durant des mois à affirmer, par la voix de la ministre de l'Economie Christine Lagarde (qui dirige aujourd'hui le FMI) : "Je ne conçois pas aujourd'hui de contamination à l'économie mondiale" (août 2007), "Nous ne prévoyons pas de récession dans le cas de l'Europe" (février 2008). Ou encore, le 15 septembre 2008 : "Les mécanismes sont en place, il n'y a pas panique à bord". Nous sommes le jour de la faillite de Lehman Brothers, début d'une profonde crise bancaire qui plongera le monde dans la crise.

Plus d'articles