Ecole, emploi, médias : les sourds se sentent toujours "sous-citoyens"

Ecole, emploi, médias : les sourds se sentent toujours "sous-citoyens"

HANDICAP - Alors que sort mercredi en salles le documentaire "J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd", metronews fait le point sur la place et les difficultés d'intégration des sourds en France. Si des avancées ont été réalisées ces dernières années, l'Hexagone accuse toujours de gros, gros retards selon les associations, en particulier en matière d'éducation.

Ils sont des dizaines et des dizaines de milliers en France - on estime à 300.000 le nombre de sourds profonds de naissance ou devenus sourds -, près de 6 millions si l'on y inclut les malentendants et les personnes âgées perdant peu à peu l'audition. Et pourtant la population sourde, que le documentaire "J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd" met cette semaine dans la lumière, continue de vivre dans un monde à part.

"Ce sont toujours des sous-citoyens de la République", lance auprès de metronews Catherine Vella, présidente de l'Association nationale de parents d'enfants sourds. Cette maman d'un petit garçon de 9 ans scolarisé en classe bilingue français/Langue des signes française (LSF) à Bobigny (Seine-Saint-Denis) ne manque pas d'exemples pour appuyer ce constat : sous-titrage "absolument dramatique" pratiqué par les télévisions (voir encadré), absence de points d'accès au droit dédiés au sourds, manque d'interprètes dans les hôpitaux (seuls 13 pôles d'accès aux soins pour les sourds existent dans tout le pays)...

"Lors des attentats dramatiques de novembre, soulève-t-elle ainsi, aucune intervention de François Hollande n'était en langue des signes. Aux Etats-Unis, jamais on ne verrait un tel discours de Barack Obama ou du maire ne New York sans interprète. C'est une marque de respect !" Catherine Vella garde aussi un souvenir amer de l'assaut du raid contre l'immeuble de Saint-Denis où étaient logés des terroristes. "Des enfants de la classe de mon fils habitent cette ville. Il a fallu qu'on se mobilise avec des amis pour trouver les numéros de téléphone des parents, eux-mêmes sourds, pour les prévenir par SMS qu'ils ne devaient pas sortir de chez eux. L'information était bien sûr diffusée à la radio, mais cela vous fait une belle jambe quand vous êtes sourds..."

La langue des signes encore trop peu présente à l'école

En matière d'éducation, on reste aussi (et surtout) loin de l'égalité des droits. Depuis la loi handicap du 11 février 2005 , qui a enfin reconnu comme langue à part entière le langage des signes, les enfants sourds, jusqu'ici souvent cantonnés aux établissements spécialisés, ont certes accès à l'école. "Mais l'Education nationale ne fait pas assez d'efforts", juge René Bruneau, président du Mouvement des sourds de France. Comme Catherine Vella, cet homme dont l'épouse et les deux filles sont sourdes pointe le manque de classes bilingues, au cœur du documentaire sorti mercredi  : il en existe en tout et pour tout une dizaine en maternelle et en primaire sur tout l'Hexagone, encore moins au collège et au lycée.

Résultat, à peine 5% des petits sourds reçoivent un enseignement scolaire en LSF, les autres étant la plupart du temps intégrés à des classes ordinaires, avec l'aide d'un auxiliaire de vie scolaire, où ils apprennent d'abord via "l'oralisme" (lecture sur les lèvres et articulation). "C'est dramatique, dénonce Catherine Vella. Nous voyons de plus en plus d'enfants de 8-9 ans, dont les parents ont fait le choix de l'oral et l'ont fait équiper d'un implant cochléaire, très loin de marcher à 100%, n'avoir aucune langue, aucun moyen de s'exprimer..."

Deux chiffres résument bien ce constat accablant : parmi les sourds profonds de naissance ou devenus sourds, 50% sont exclus de l'emploi et seuls 4% accèdent aux études supérieures. "Ma fille aînée est allée à l'université. Si elle a réussi, c'est grâce à ses amies qui lui donnaient leurs notes et documents", raconte ainsi René Busneau. Avant de citer une nouvelle fois l'exemple américain, à la pointe en la matière avec les pays scandinaves : "A Washington, l'Université Gallaudet, dédiée uniquement aux sourds, accueille 3.000 à 4.000 avec des enseignants adaptés." A quand la même chose en France ?

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