Education nationale : pourquoi tant de profs manquent à l’appel

Education nationale : pourquoi tant de profs manquent à l’appel

TABLEAU NOIR - Depuis la rentrée, de nombreux parents se plaignent de l'absence de nombreux professeurs de collèges et de lycées, notamment dans les matières scientifiques. En cause : des matières délaissées et des académies qui n'attirent plus. Exemple avec celle de Versailles.

Chaque année, c’est le même problème. Les parents se plaignent de l’absentéisme des professeurs. Selon la FCPE, 2500 jours de cours auraient ainsi déjà été manqués depuis la rentrée. Comment expliquer un tel chiffre ? Le non-remplacement de professeurs malades est un premier élément d’explication. Mais ce n’est pas tout. Beaucoup de postes restent vacants, faute de remplaçants et de contractuels disponibles. 


Face à ce qu'ils jugent être une pénurie, les parents se mobilisent. "On cherche des cours particuliers pour nos enfants, affirme Valérie Pias, maman d'un élève de Meudon. Sinon, on se tourne vers des parents qui ont proposé de prendre des groupes d’élèves car ils ont la capacité de leur faire des petits cours de mathématiques".


Pour mieux cerner le problème, nous nous sommes concentrés sur une académie particulièrement touchée par cette "pénurie" d’enseignants : Versailles. En ce début d'octobre, il y manque toujours 250 professeurs, toutes disciplines confondues, sur 40.000. Un chiffre qui s’élevait à 412 il y a à peine 10 jours, selon plusieurs syndicats. "Nous recrutons de nouveaux enseignants tous les jours", précise-t-on cependant au rectorat. 

Les matières scientifiques délaissées

Comment expliquer une telle situation ? Tout d'abord, certaines matières sont plus délaissées que d’autres. A Versailles, il manque ainsi 45 professeurs de mathématiques et 33 de physique-chimie. Alors, le rectorat recrute des contractuels en masse. "On estime à 16% la part de contractuels en mathématiques à Versailles", affirme à LCI Sandrine Grié, secrétaire générale Sgen-CFDT pour l'académie. Pourquoi les professeurs boudent-ils les matières scientifiques ? "Quand vous êtes compétents, on vous propose des offres bien meilleures dans le privé", déplore Sandrine Grié.


Mais d'autres matières, telles que l’espagnol, sont aussi touchées par cette pénurie. Cette fois-ci, c'est la réforme du collège qui est en cause. L’arrivée de la LV2 en classe de 5e aurait en effet "produit des besoins plus importants qu’anticipés", note Catherine Nave-Bekthi, secrétaire nationale de la Sgen-CFDT. Un critère démographique est également à prendre en compte. Selon le rectorat de Versailles, il y aurait 4900 élèves de plus cette année dans l’académie. Des chiffres en constante augmentation qui expliquent en partie ce manque de professeurs dans la région par rapport à la saison passée.

Des académies qui n’attirent plus

Les matières scientifiques et l’académie de Versailles ont en outre un point commun. Elles sont toutes les deux délaissées par les jeunes diplômés. "L'académie a un problème d'attractivité", concède-t-on aisément au rectorat. Première explication : le coût de la vie et notamment des loyers très élevés. Mais ce n'est pas tout. "Versailles est une terre de contraste. D'un côté, vous avez le lycée Hoche de Versailles, de l'autre le collège Youri Gagarine à seulement 5 kilomètres. Certains coins de l'académie ne sont pas très courus des professeurs", regrette Sandrine Grié. 


"Il y a une sorte d’héliotropisme dans le mouvement annuel des enseignants", estime de son côté le Directeur des ressources humaines du rectorat de Versailles. Ce qui fait que quand on est dans des académies du Sud de la France, il est plus facile d’avoir des professeurs titulaires et expérimentés que dans d’autres académies". Enfin, un sentiment d'insécurité lié aux récents attentats serait également en cause, avance Sandrine Grié. "Quand je vais voir les stagiaires en province, ce n'est plus la peur de quitter papa et maman qui prime, mais plutôt la peur des attentats."

Et les autres académies ?

Au-delà de l'Ile-de-France, même dans des académies comme Rennes ou Bordeaux, pourtant bien plus attractives que celles de région parisienne, le manque d’effectifs se fait sentir. "Actuellement, les professeurs ne sont quasiment jamais remplacés à moins d’être absents au moins 15 jours", explique un syndicaliste de la SNES-FSU Bretagne. La différence se fait surtout sur le nombre de titulaires, avec un taux à presque 100% dans l’académie de Rennes.  Résultat : il ny a aucun poste vacant dans l'académie de Rennes. Et alors qu’on dénombre un peu plus de 1000 contractuels en Bretagne, ils seraient 2880 à Versailles... 

VIDEO - Enseignants absents : les parents s’organisent

En vidéo

JT13H – Enseignants absents : les parents s’organisent

VIDEO - Face à la pénurie de professeurs, des parents se mobilisent

En vidéo

Education nationale : face à la pénurie de professeurs, des parents se mobilisent

Plus d'articles

Sur le même sujet