Exercice "attentat-intrusion" dans les écoles : "Nous sommes des enseignants, pas des spécialistes du terrorisme"

Exercice "attentat-intrusion" dans les écoles : "Nous sommes des enseignants, pas des spécialistes du terrorisme"

SECURITÉ - A la rentrée, l’Education nationale a annoncé la mise en place avant la Toussaint d’exercices de sécurité "attentat-intrusion" dans les établissements scolaires. Comment organiser cet événement pour les plus petits, en école maternelle ou élémentaire ? Comment cela se passe-t-il ? LCI a demandé aux directeurs et aux professeurs des écoles.

"On ne va pas dire aux enfants de trois ans qu’il y a des méchants qui attaquent. Ce qu’on veut, c’est créer une habitude en matière de sécurité." Pierre Favre est directeur d’une école maternelle et primaire de 170 élèves. Depuis la rentrée, il planche sur l’exercice "attentat -intrusion" demandé par l’Education nationale pour préparer les élèves à la menace terroriste. 


Pierre Favre, par ailleurs président du Syndicat national des écoles (SNE), a prévu de lancer les opérations dans son établissement la semaine prochaine. Les grandes lignes sont déjà bien balisées. "On va expliquer aux élèves qu’ils ne doivent pas aller à tel endroit parce que c’est dangereux, leur apprendre à trouver une issue pour se sauver", explique-t-il à LCI. Motivé, le directeur a prévu trois scénarii : le premier où le danger se situe dans la cour, le deuxième dans l’escalier et le dernier dans un bâtiment. Les instituteurs piocheront une carte et devront réagir en fonction, pour s'échapper le plus discrètement possible. Avec un fil rouge : protéger les enfants de toute panique.

J’ai décidé de retenir l’esprit de la circulaire, plutôt que la lettrePierre Favre, du SNE

Un petit parti pris, alors que les consignes de l'Education recommandaient une "simulation".  "Quand j’ai reçu cette circulaire, en août, j’ai été un peu gêné", reconnaît-il. "Est-ce que cela voulait dire qu'il fallait introduire des armes factices ? On m'a vite répondu que non. Mais j’ai décidé de retenir l’esprit de la circulaire, plutôt que la lettre : créer une culture de la sécurité, pour que les enfants suivent en silence, et sans paniquer, et obéissent aux maîtresses."  Du coup, pas question de leur faire faire pousser des armoires ou renverser les bureaux. Le tout est de créer des réflexes. "Comme il y a déjà l’exercice incendie et l’exercice confinement, il y aura ce type d’exercice, pour faire face à une attaque terroriste."


Reste que l’annonce de cette mesure a provoqué quelques avalanches de questions dans les établissements scolaires. "Ce n’est pas une mesure forcément illégitime", estime Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU-Paris. "Si les autorités estiment qu’il y a un risque,  d’accord. Mais ce qui n’a pas été prévu, c’est comment accompagner les écoles pour mettre en place cet exercice : du coup ça retombe sur les instituteurs, qui n'ont pas les compétences." 

On ne peut pas faire un exercice sans leur expliquer pourquoiJérôme Lambert, du SNUipp

Pour l’heure en effet, à quelques semaines de la Toussaint, date butoir conseillée pour l’exercice, peu d’établissements l’ont déjà réalisé. "A Paris, la plupart des écoles élémentaires planchent encore dessus", détaille Jérôme Lambert. "En revanche, les écoles maternelles l’ont souvent déjà fait, car c’est plus facile." En maternelle, les instituteurs ont en effet souvent pratiqué l’exercice sous forme de jeu. "Il est impossible d’expliquer à des élèves de trois ans ce qu’est une agression terroriste", explique le secrétaire départemental du SNUipp-FSU. "Il vaut du coup mieux faire cela de manière ludique, en jouant au roi du silence pendant 10 minutes, ou en leur demandant de se déplacer silencieusement." Plus compliqué en revanche, avec le niveau élémentaire. "A leur âge on ne peut pas faire un exercice sans leur expliquer pourquoi. Il faut aborder l’exercice de manière plus prudente, en parler, éviter de créer des angoisses."


Gérer l’approche psychologique, mais aussi planifier les opérations, le tout avec des consignes ministérielles qui laissent une grande marge d’interprétation. La tâche retombe sur les directeurs, et leurs équipes. "Clairement, on ne sait pas faire, ce n’est pas notre métier", détaille Jérôme Lambert.  "On va être plein de bonne volonté, mais nous sommes des enseignants, pas des spécialistes du terrorisme. On se retrouve avec une équipe de professeurs des écoles autour d’une table, qui se demandent quelle armoire déplacer, dans quel couloir aller. C’est comme si on se demandait à des citoyens d’assurer la sécurité de leur quartier."

Des enfants qui ne veulent plus retourner à l'école

"Il aurait fallu avoir des gendarmes, des professionnels à nos côtés pour préparer cela", abonde Pierre Favre, du SNE. Lui s’en tire plutôt bien : il a été Assistant prévention pendant longtemps. A ce titre, il avait reçu une formation.  "Mais beaucoup de directeurs d’école sont démunis", reconnaît-il. C’est sans doute ce défaut d’accompagnement, qui a pu occasionner quelques ratés, dans certains établissements. "Il y a parfois eu du zèle",  admet Pierre Favre, citant des cas d'enfants qui pleuraient, ne voulaient plus aller à l'école. Tout ça parce que les instituteurs avaient, lors d'une réunion, peut-être mal informé les parents. Le soir, ceux-ci avaient alors parlé à leur enfants de cet exercice avec les "méchants"... et occasionné de belles frayeurs.


Lui mise beaucoup sur la préparation de son corps enseignant. L’an dernier, après les attentats de novembre, il leur avait fait une visite complète des coins et recoins de l’école. "Il y a 1000 portes, 1000 passages dérobés ou couloirs. Je voulais que les adultes, qui jusqu’à maintenant n’avaient à connaître que leur salle de classe ou la salle des maîtres, maîtrisent parfaitement les locaux. Je voulais aussi qu’ils sachent où il y a du réseau pour leur téléphone, où il n’y en a pas. L’essentiel est que les adultes soient prêts. Parce qu'à l’école, les enfants suivent leurs maîtresses..."

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La sécurité dans les écoles, le sujet de la rentrée

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