"Forcer sa conjointe, ce n'est pas grave" : le viol en France, la culture de l'excuse

"Forcer sa conjointe, ce n'est pas grave" : le viol en France, la culture de l'excuse

SONDAGE - L’association Mémoire traumatique et victimologie présente un grand sondage sur les représentations que les Français se font sur le viol et les violences sexuelles. Certains chiffres illustrent des réalités inquiétantes.

"Forcer sa conjointe ou sa partenaire à avoir un rapport sexuel alors qu’elle le refuse et ne se laisse pas faire n’est pas un viol" ; "forcer une personne à faire une fellation alors qu’elle le refuse et ne se laisse pas faire n’est pas un viol" ; "à l’origine d’un viol, il y a souvent un malentendu." Ces affirmations sont choquantes. Et fausses. Elles sont pourtant, d’après un sondage Ipsos réalisé pour l’association Mémoire traumatique et victimologie , encore largement répandues dans les croyances populaires et ce, dans des proportions inquiétantes.

Une femme sur six, un homme sur 20... 10% de plaintes

Pour la première fois en France, l’association a en effet diligenté une enquête, officialisée ce mercredi, pour établir une "photographie précise" des représentations que les Français peuvent avoir sur le viol et les violences sexuelles. Les chiffres sont là : en France, une femme sur 6 et un homme sur 20 déclarent avoir subi des viols ou des tentatives de viol au cours de leur vie. Mais seules 10% des victimes portent plainte. Et seuls 1% des viols font l’objet d’une condamnation. Mais force est de constater que de nombreux stéréotypes persistent, que ce soit en matière de sexisme, de clichés sur les sexualités féminine et masculine, mais aussi une réelle méconnaissance de la réalité statistique des viols. Ce qui n’est pas sans conséquences. 

L'étude montre ainsi que ces stéréotypes sexistes qui perdurent, engendrent une tendance à la minimisation de la responsabilité des hommes qui agressent sexuellement les femmes. Ainsi, deux tiers des sondés estiment que les hommes ont une sexualité plus simple que les femmes, et qu’il est plus difficile pour les hommes de maîtriser leur désir sexuel (à 63%). 76% des Français estiment par ailleurs que les femmes ont plus tendance à considérer comme violents des évènements que les hommes ne perçoivent pas comme tels. "Cela sous entend qu’elles seraient plus "sensibles" que les hommes, et donc plus enclines à considérer comme violents des évènements qui ne le sont pas", décrypte l’association. Cerise sur le gâteau : un sondé sur 4 considère que dans le domaine sexuel, les femmes ne sauraient pas vraiment ce qu’elles veulent par rapport aux hommes. Ce qui équivaut à considérer que les femmes sont incapables de décider pour elles-mêmes quels sont leurs vrais désirs, indique le rapport.

EN SAVOIR + >> Les stéréotypes décryptés

Culture de l'excuse pour les violeurs

Apparaît aussi une forte adhésion à la "culture du viol", dans les mentalités, soit le fait de nier ou justifier l’agression dont la femme a été victime. Un Français sur cinq considère ainsi que beaucoup de femmes qui disent "non" à une proposition de relation sexuelle veulent en fait dire "oui". Un Français sur cinq juge aussi que lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées. Des chiffres qui inquiètent Mémoire traumatique et victimologie : "Le niveau et la force de ces stéréotypes conduisent probablement un bon nombre de personnes à excuser ou minorer la responsabilité des agresseurs sexuels", indique l’association. Par ailleurs, une "proportion très importante" des répondants estime que certaines agressions ne sont pas des viols, en fonction du statut de la victime, du type de pénétration ou du fait de céder sous la contrainte. 17% des sondés estiment ainsi qu’il ne s’agit pas d’un viol si la victime est la conjointe de l’agresseur. De même, un Français sur quatre considère qu’il n’y a pas viol si l’agresseur réalise un acte de pénétration avec le doigt alors que la personne le refuse…Tout comme un sondé sur cinq considère qu’il n’y a pas viol lorsqu’une personne cède quand on la force.

Enfin, note le sondage, une grande partie de la population française semble prompte à déresponsabiliser un violeur. Voire même à faire porter la faute sur la victime. 40% des Français estiment ainsi que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a eu une attitude provocante en public, ou si la victime portait une tenue sexy (27%). D’ailleurs, 15% des sondés pensent qu’une victime est en partie responsable de son viol si elle a accepté de se rendre seule chez un inconnu. Et 4 Français sur 10 estiment que si l’on se défend vraiment autant que l’on peut et que l’on crie, on fait le plus souvent fuir le violeur. "Cette mise en cause des comportements des victimes sous-entend qu’elles sont responsables d’une façon ou d’une autre des violences", s’inquiète l’association.

L’enquête a été réalisée par l’institut Ipsos  et l’association Mémoire Traumatique et Victimologie via Internet, du 25 novembre au 2 décembre 2015, auprès de 1001 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française.

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