Funérailles laïques : pourra-t-on bientôt dire adieu à nos proches dans une salle municipale ?

Funérailles laïques : pourra-t-on bientôt dire adieu à nos proches dans une salle municipale ?

LAÏCITÉ – Le groupe socialiste de l'Assemblée nationale va présenter ce mercredi une proposition de loi prévoyant d’imposer aux maires de fournir à leurs concitoyens qui le souhaitent une salle municipale pour des funérailles laïques. Un projet dénoncé par les sociétés de pompes funèbres.

Elle avait été déposée il y a deux ans. Ce mercredi, une proposition de loi du groupe socialiste sera présentée en séance dans l'hémicycle de l’Assemblée nationale. Ce texte prévoit d’imposer aux maires de mettre à disposition des familles qui le demandent une salle municipale afin qu’elles puissent y organiser des funérailles non religieuses. Le terme retenu étant "funérailles républicaines". "J'aurais préféré obsèques civiques ou obsèques laïques", regrette Hervé Féron, député PS de Meurthe-et-Moselle et rapporteur de la loi, contacté par LCI.


Nous lui avons demandé pourquoi la mise en place d'une telle mesure était importante. "Parce que la loi du 15 novembre 1887 garantit le principe de laïcité et donne la liberté de choisir le caractère civil ou religieux des funérailles, juge le député. Mais depuis, on ne s’est pas donné les moyens pour rendre cette loi opérationnelle". 

Un constat partagé par François Michaud Nérard, directeur général des Services funéraires de la ville de Paris, qui rappelle que 40% des Français sont aujourd'hui athées ou non croyants, et que pour eux, les obsèques religieuses n’ont aucune base. "Quand on pratique la crémation, il y a la possibilité d’avoir des salles dans les crématoriums. Mais quand c’est une inhumation, il n’existe pas d’endroit où l’on peut organiser les funérailles. Ce n’est parce que l’on n’est pas croyant que l’on n’a pas de rite funéraire".

L'inquiétude de l'Association des maires de France

Pour y remédier, cette proposition de loi prévoit deux principales dispositions. La première : "Chaque commune, dès lors qu’elle dispose d’une salle municipale adaptée, met celle-ci gratuitement à disposition des familles qui le demandent et garantit ainsi l’organisation de funérailles républicaines qui leur permettront de se recueillir." Jusque-là, pas de problème. C'est sur la deuxième point que l'association des maires de France a tiqué. 


Avant d'être récemment modifié, celui-ci prévoyait la présence obligatoire d’un "représentant de la commune, officier d’état civil, (qui) procède à une cérémonie civile". Dans un communiqué, l'association des maires de France avait fait part de son inquiétude. Finalement, le texte présenté ce mercredi devant l'Assemblée prévoit qu'un officier d'état civil "peut procéder" à la cérémonie. Ce point sera donc laissé à l'appréciation des maires.

Concurrence ?

Mais la loi ne fait pas que des heureux. Richard Féret, directeur général délégué de la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie (CPFM), y est farouchement opposé. Il estime dans un premier temps que "la mise à disposition des salles municipales existe et qu'elle se pratique déjà de manière occasionnelle". Mais surtout, il redoute que "l'animation des cérémonies, qui deviendrait l'apanage d'officiers d'état civil, soit complètement saccagée".

Il faut savoir que la majorité des maîtres de cérémonie sont "fournis" par les opérateurs de pompes funèbres eux-mêmes. Mais Richard Féret se défend de voir en cette proposition une future "concurrence". Il affirme qu'il s'agit avant tout de l'"intérêt des familles". Un peu dur à croire. 


Sur l'argument des maîtres de cérémonie, François Michaud Nérard partage partiellement son opinion. Selon lui, les officiers d’état civil n'ont, en effet, pas "la formation nécessaire". "C'est quand même plus délicat à célébrer qu’un mariage", estime-t-il. "Il existe des diplômes pour devenir maître de cérémonie, avec une centaine d'heures de formation."

Location gratuite aujourd'hui, payante demain ?

Face à ces inquiétudes, la défense d'Hervé Féron peut sembler un peu légère aux yeux des détracteurs du texte. "Quand un maire désigne un ou plusieurs officiers d’état civil, il choisit des personnes qui sont aptes", lâche-t-il, avant de conclure : "Ce qu'il faut, c’est faire évoluer les consciences et faire en sorte que les gens sachent que c’est possible. Et après, cela va se généraliser".


Mais avant de voir aussi loin, il faudrait déjà que la loi soit votée. Et François Michaud Nérard semble plutôt pessimiste : "Je vois difficilement comment, dans l’état actuel de choses, on pourrait imposer aux maires des charges supplémentaires qui ne seraient pas compensées". Selon lui, la loi sera réécrite pour que la location de salles municipales soit payante. Réponse mercredi.

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