Grève générale votée en Guyane : "Bloquer le pays semble le seul moyen de se faire entendre"

La crise en Guyane

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TÉMOIGNAGES – Le principal syndicat de Guyane a voté ce samedi une grève générale à compter de lundi. Interrogés par LCI, des habitants nous livrent leur sentiment sur la situation et soulignent que la population soutient majoritairement les manifestants.

"Tout est bloqué. Il n’y a plus rien qui fonctionne." Alors que l’UTG, principal syndicat guyanais, a voté ce samedi une grève générale à compter de lundi, la situation sur place reste préoccupante, comme nous l’ont confié des habitants de ce département-région d’outre-mer. Et ce malgré l'appel à "l'apaisement" et au "dialogue" lancé par le gouvernement, qui a envoyé sur place une mission interministérielle censée permettre de trouver une issue à la crise.


"Presque tous les commerces sont fermés", souligne Ameline Perrot-Audet, qui dirige un centre équestre à Saint-Laurent-du-Maroni, la deuxième ville la plus peuplée de Guyane, située à la frontière avec le Suriname. "On ne peut plus circuler en voiture. Il y a au moins six ou sept barrages à passer pour se rendre à Cayenne." Ces barrages, qui laissent passer les services d’urgence – de santé notamment – ont été mis en place depuis jeudi par les habitants en colère. "Ce sont des collectifs, souvent composés de gens qui font le même métier", nous explique la jeune femme, qui insiste sur l’aspect un peu "désorganisé" des blocages. "Mais il y a aussi des citoyens qui en ont simplement ras-le-bol."

Le sentiment d'être abandonné

Ce ras-le-bol aux contours multiples – les revendications le sont tout autant – trouve ses origines dans un même sentiment d’abandon ressenti par une grande partie de la population de la deuxième plus grande région française. "Par rapport à la France métropolitaine, il y a du retard partout : sécurité, santé, chômage, etc.", renchérit Sébastien Decroix, skipper voguant sur les mers et compagnon d’Ameline. "Et il semble que le seul moyen de se faire entendre, c’est de bloquer le pays." Même son de cloche fataliste du côté d’un habitant de Cayenne, qui s’est exprimé au micro de LCI : "Il nous manque des milliards pour développer notre département."


Les manifestants cherchent en tout cas à s’assurer de l’appui de la population. Si quelques débordements, des cas de racket par exemple, ont été à déplorer, les protestataires évitent d’exacerber les tensions déjà existantes et aucun incident grave ne s’est produit depuis le début de la grogne. "Pas mal de gens soutiennent le mouvement", reprend Sébastien Decroix. "Surtout ceux qui ont vécu longtemps ici. Ils estiment que les revendications sont légitimes et que des choses doivent être faites en Guyane."

Nous n’avons pas cessé d’insister sur le caractère quasi-insurrectionnel que connaît la Guyane aujourd’huiRodolphe Alexandre, président du Conseil régional de Guyane

Afin que les conditions de vie dans cette collectivité territoriale de plus de 250.000 habitants s’améliorent, tous réclament un vaste programme d'investissement et une amélioration de la prise en charge sanitaire, éducative et sécuritaire. Les élus y compris. Pour Antoine Karam, sénateur PS de Guyane interrogé sur notre antenne, cette déplorable situation est ainsi "la conséquence d’un long processus de dégradation, qui a commencé il y a plusieurs années et qui s’est accélérée ces derniers mois". Exigeant un "plan Marshall" pour la région, il ajoute : "Nous ne sommes pas entendus, donc la population prend ses responsabilités et descend dans la rue."  


"Nous ne sommes pas entendus, nous ne sommes pas audibles. Et aujourd’hui, nous sommes à portée de gifle des manifestants", poursuit-il, soulignant que les responsables publics passent leur temps à "éteindre des incendies". Il n’est pas le seul. "Nous n’avons pas cessé d’insister sur le caractère quasi-insurrectionnel que connaît la Guyane aujourd’hui", abonde Rodolphe Alexandre, président du Conseil régional de Guyane. "C’est un moment historique, sans précédents." Un constat que partage Sébastien Decroix : "On face à une poudrière. Il faut faire attention."

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"Nous ne sommes pas entendus, nous ne sommes pas audibles", explique Antoine Karam, sénateur PS de Guyane

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