La région Île-de-France ne financera plus la recherche sur les études de genre, les discriminations et les inégalités

La région Île-de-France ne financera plus la recherche sur les études de genre, les discriminations et les inégalités

DÉCRYPTAGE - A compter de ce jeudi, la région Île-de-France ne financera plus la recherche sur les études de genre, les inégalités et les discriminations. Alors qu'on dénonce un choix politique, la région répond qu'elle n'a "simplement pas reçu de demande".

"C'est un choix politique", lâche Florence Rochefort. L'ancienne présidente de l'Institut Emilie du Châtelet, qui œuvre au développement des recherches sur les femmes, le sexe et le genre, est remontée depuis qu'elle a appris que la région Ile-de-France ne financerait plus la recherche sur les études de genre. "Durant les deux mandatures précédentes, les thèmes du genre et des inégalités étaient toujours représentés, note-t-elle. Mais cette décision est assez cohérente avec la politique de la région, qui stigmatise ces thématiques".


Ce jeudi, la région Ile-de-France doit en effet entériner la labellisation des nouveaux domaines d'intérêt majeur (DIM) pour la période 2017-2020 lors d'une assemblée plénière. Les DIM, ce sont ces réseaux de recherche qui bénéficient de financements accordés par la région. Le but ? Accroître le rayonnement scientifique des laboratoires franciliens, mais surtout valoriser l'économie du territoire. Mais cette année, pour la première fois depuis dix ans, la thématique "genre, inégalités, discriminations" sera absente de la liste.

Entre 800.000 et 1 millions d'euros chaque année

Que s'est-il passé ? Contacté par LCI, le service de presse de la région indique "ne pas avoir retenu la thématique" car la collectivité n'a "reçu aucune demande". "Si nous avions reçu un dossier de candidature, nous nous serions penchés dessus", nous assure-t-on. "Les chercheurs concernés étaient tout à fait libre de le faire". Pour justifier le qu'aucun dossier n'ait été déposé , Florence Rochefort indique que le genre ne faisait pas partie des enjeux identifiés par la région dans le cadre de l'appel à projets lancé en juillet dernier.


Selon le site internet de la région, cette appel était "ouvert à tout domaine de recherche" et visait "à la mobilisation de toutes les disciplines". Jusque-là, aucune raison de ne pas postuler, donc. Mais on peut lire juste en-dessous : "Néanmoins, une attention particulière sera portée aux projets dont les objectifs intègreront un ou plusieurs des grands enjeux identifiés par l’exécutif régional". Sont ensuite cités sept grandes thématiques, principalement axées sur le domaine scientifique.


Pour justifier sa décision, la région Ile-de-France tient à nous préciser que l'ancien conseil scientifique avait jugé que les acteurs de "genre, inégalités, discriminations" "n’avaient pas réussi à s’organiser et à structurer un réseau de recherche". "Faux", rétorque d'un ton sec Florence Rochefort. "On avait un réseau de 17 établissements extrêmement efficaces et en l'espace de 10 ans, on a reçu 87 bourses dans 26 disciplines différentes". Chaque année, entre 800.000 et 1 million d'euros étaient destinés à financer des bourses de doctorants et post-doctorants.

La région ne soutient pas le progrèsMarc Lipinski, ancien vice-président chargé de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation scientifique et technique à la région Ile-de-France

En tout, neuf projets, sur les 60 reçus depuis juillet par le Conseil scientifique, ont été retenus et seront donc financés par la région entre 2017 et 2020. Parmi eux, on retrouve "Math'innov", visant à soutenir les mathématiques fondamentales ; "One health, censé soutenir la recherche et le développement de la communauté francilienne dans le domaine de l’infectiologie ; mais aussi "Islam en Ile-de-France", pour étudier les islamismes sur le territoire francilien et le patrimoine manuscrit philosophique arabe et syriaque dans la région.

Les DIM ont été créés en 2004, sous l'impulsion de l'élu vert Marc Lipinski, à l'époque vice-président chargé de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation scientifique et technique à la région Ile-de-France. Selon lui, Valérie Pécresse "voit surtout un intérêt économique" à travers ces DIM. "La région ne soutient pas le progrès !", lance-t-il auprès de LCI. 


Selon un communiqué de presse publié par la région, "un nouvel appel à projet DIM sera à nouveau lancé dans deux ans pour permettre d'examiner les projets qui n'auraient pas été retenus ou qui n'étaient pas encore mûrs".


En décembre 2015, alors en campagne pour la présidence de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse avait affirmé qu’elle "ne subventionnerait pas la théorie du genre". Que ce soit volontaire ou pas, elle a tenu sa promesse.

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