Insécurité, chômage, coût de la vie : la Guyane n’est pas le seul territoire d’outre-mer à souffrir

MALAISE – La grogne qui sévit depuis bientôt une semaine en Guyane a mis en lumière les difficultés et problèmes rencontrés par les habitants du département. Mais le territoire sud-américain est toutefois loin d’être le seul des outre-mer à trimer.

On pense à des plages paradisiaques, une nature exotique et un soleil sans fin ; une vie de rêve en somme. Si les territoires d’outre-mer font fantasmer nombre de gens, qui y imaginent un quotidien idyllique, ceux-ci n’en demeurent pas moins frappés par les difficultés. Forte insécurité, chômage élevé, coût de la vie parfois exorbitant… : les régions – et collectivités – ultramarines connaissent en effet leurs lots de problèmes. Des problèmes qui, pour beaucoup, sont d’ailleurs bien plus conséquents et persistants qu’en France métropolitaine. 


Preuve en est la colère qui sévit depuis bientôt une semaine en Guyane. Mardi, au paroxysme de la grogne, plus de 10.000 personnes ont défilé dans la rue pour réclamer des mesures d’urgence et un plan d’investissement massif pour leur département. Un rassemblement historique, qualifié par la préfecture de "plus grosse manifestation jamais organisée" sur le territoire, qui illustre bien l’impétueuse nécessité d’agir et de trouver des solutions. Mais ce constat ne concerne pas que la Guyane, loin de là.

Un taux de mortalité infantile du rang de la Chine

Et de fait : en s’intéressant à quelques statistiques basiques, il apparaît évident que les outre-mer font figure, plus qu’aucun autre, de "territoires oubliés" de la République. Ainsi, quand le taux de chômage Guyane est de 22,3 % selon l’Insee, il atteint 23,7 % en Guadeloupe et même 26,8 % à La Réunion. Un peu moins fort à Mayotte (19,6 %) ou en Martinique (19,4 %), il reste néanmoins bien plus élevé que les 9,7 % de la France métropolitaine. C’est pire encore concernant le chômage des jeunes, puisqu’il dépasse allègrement les 40 % - 44 % en Guyane ou 47 % à Mayotte par exemple.  


Il en est de même lorsqu’on se penche sur les questions de santé publique. Indicateur révélateur d’un système qui fonctionne ou non, le taux de mortalité infantile, assez faible en métropole (3,3 décès pour 1000 naissances), atteint le niveau de pays pourtant moins développés. En 2012, la Martinique (8), La Réunion (8,5), la Guyane (9,2) ou la Guadeloupe (9,9) se situaient ainsi à un rang équivalent à celui de la Bulgarie, de la Chine ou du Sri Lanka, d’après les données de la Banque mondiale. Avec 17 morts pour 1.000 naissances, Mayotte est au même échelon que le Vietnam ou le Honduras. 

Des chiffres alarmants qui s’expliquent peut-être par une plus faible présence de médecins. Alors que la France métropolitaine compte 201 praticiens (spécialistes comme généralistes) pour 100.000 habitants en moyenne, si l’on en croit les statistiques établies par la Cour des comptes dans un rapport de 2014, La Réunion (180), la Guadeloupe (147), la Martinique (141), mais surtout la Guyane (71) et Mayotte (18), connaissent, là encore, des niveaux bien inférieurs. 

L’insécurité à un niveau élevé, les prix aussi

Mais ces tristes observations ne s’arrêtent pas là. Toujours selon l’Insee, les prix à la consommation sont, par exemple, bien plus élevés dans les départements d'outre-mer que sur le continent. L’institut cite, pour l’année 2015, les cas de la Martinique (+12,5 %), de la Guadeloupe (+12,3 %), de la Guyane (+11,6 %) ou de Mayotte (+6,9 %). "Ces écarts prennent en compte les différences de mode de vie des ménages selon les territoires", écrit l’Insee. 


Lors de la remise d’un rapport en mars 2016, le député PS de Guadeloupe Victorin Lurel, ancien ministre des Outre-Mer, insistait par ailleurs sur les fortes "inégalités internes" existant dans ces territoires. Selon lui, si, dans l'Hexagone, "les 10 % plus riches sont 3,6 fois plus riches que les 10 % plus pauvres, ce chiffre passe à 10,7 en Guyane, 9,7 à Mayotte, 7 en Martinique, 6,7 en Guadeloupe et 5,4 à la Réunion". De quoi renforcer le sentiment d’abandon de certains.

Un sentiment d’abandon d’autant plus fort qu’un autre problème de taille subsiste : l’insécurité. Ainsi, la Guyane détient le triste privilège d'être le territoire français le plus meurtrier par nombre d'habitants, avec 42 homicides commis en 2016, contre 38 en 2015. Même chose du côté des vols violents, avec ou sans armes. D’après les chiffres de 2015 du ministère de l’Intérieur, quand la métropole en dénombrait 1,7 pour 1000 habitants, les outre-mer en subissaient en moyenne quatre fois plus (2,8)… Heureusement que subsistent parfois les plages paradisiaques, la nature exotique et le soleil sans fin. 

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