Johnny chantant pour les victimes de Charlie Hebdo : un choix qui dérange

Johnny chantant pour les victimes de Charlie Hebdo : un choix qui dérange

HOMMAGE – Dimanche, Johnny Hallyday interprétera une chanson place de la République à Paris lors des commémorations des attentats de janvier. Problème : le chanteur n’était pas vraiment apprécié à Charlie Hebdo. Pourquoi ce choix ? Proches des victimes et anonymes s’interrogent. Voire fulminent.

Mais pourquoi Johnny ? C’est la question qui agite depuis que le programme de la journée en hommage aux victimes de Charlie Hebdo, dimanche place de la République à Paris, a été dévoilé. Le choix de l'une des têtes d’affiche interpelle : Johnny Hallyday interprétera "Un dimanche de janvier", une de ses chansons.

En soi, les paroles du texte , écrites par Jeanne Cherhal, s’adaptent bien aux circonstances. Sur une mélodie lente, nostalgique, le plus célèbre rockeur de France chante : "Pour apaiser la peine/De tout un pays soulevé/Nous étions venus/Sans peur et sans haine/Ce dimanche de janvier/ Pour garder en mémoire/Nos héros d’encre et de papier/Nous étions restés debout jusqu’au soir/Ce dimanche de janvier."

"Il aurait fallu du jazz"

Mais "l'idole des jeunes" étant loin d'être celle de Charlie Hebdo, sa présence dimanche interroge et soulève même la colère des proches des dessinateurs du journal satirique. Johnny était en effet une de leurs cibles favorites : il se faisait dégommer régulièrement, que ce soit pour son interminable carrière, ses orientations politiques ou encore ses histoires récurrentes d’évasion fiscale. Comme en témoigne cette couverture qui le représente vérolé, la goutte au nez, avec pour titre "Voleur comme un Français, con comme un Belge, chiant comme un Suisse".


L’ironie est soulevée par le Canard enchaîné qui, dans sa dernière édition, rigole : "Cabu chanté par Johnny, sa tête de turc". Le journal satirique rapplelle au passage que "jamais Cabu ne ratait une occasion de se payer Johnny : "50 ans qu'il nous vérole les tympans !"" 

Alors, ignorance ? Choix politique ? Volonté de choisir un monument national, un habitué des cérémonies nationales, qui ordinairement fait l'unanimité ? Quoiqu’il en soit, la mairie de Paris, où l'idée a germé selon nos informations - le nom de Chedid aurait aussi circulé, mais la famille n'a pas été contactée -, semble être tombée à côté de la plaque. Et a oublié que Johnny est aussi et surtout connu pour "allumeeeer le feu". Et ça n'a pas manqué : Johnny n’est pas très "esprit Charlie". "Il aurait fallu du jazz pour mon mari, pour Cabu, pour Charb", a ainsi estimé Maryse Wolinski, la veuve de George Wolinski, dans le JDD , qui a ajouté dans le Soir 3 qu’elle "ne comprend(s) pas pourquoi Johnny Hallyday… C’est quand même un peu cocasse."


Cela ne fait pas non plus du tout rire Siné, ancien de Charlie. Il pousse la gueulante sur son blog, via un billet intitulé "Jusqu’où iront-ils dans l’ignominie ? " : "Charb détestait Johnny Hallyday et c’est précisément à lui que nos 'autorités' ont fait appel pour pousser la chansonnette en son honneur : quand il y a une connerie à faire, on peut compter sur nos responsables, ils ne la ratent jamais !", assène-t-il. "Arrêtez la boucherie ! Un peu de respect, nom de Dieu ! J’étais fâché avec lui, mais je n’aurais quand même jamais été jusque-là dans les représailles."

"C’est le pompon", a aussi réagi sur BFMTV l’humoriste Stéphane Guillon, qui pousse l’explication : "Ils étaient anti-cléricaux, anti-militaristes, ils étaient anarchistes, donc c'est vrai que les cloches de Notre-Dame, la légion d'honneur à titre posthume, je ne pense pas que c'est ce qu'ils auraient souhaité". Lui connaissait Charb, et "ne pense pas que c'est ce qu'ils auraient souhaité. Il y a une récupération par le gouvernement qui me dérange", déplore-t-il. Alors oui, "il y a nécessité d'en parler et de rendre hommage mais il faut faire attention à la manière dont c'est fait".

Sur Twitter aussi, les anonymes déplorent ce choix. Ou en rigolent. Dans tous les cas, ils s'interrogent.


D’ailleurs, pas sûr que le reste du programme de dimanche fédère davantage : après Johnny, c’est le Choeur de l’Armée française qui interprétera "Les prénoms de Paris", puis le "Temps des cerises", et la "Marseillaise".

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