Journée de la jupe : ces hommes, eux, aimeraient bien la porter tous les jours

Journée de la jupe : ces hommes, eux, aimeraient bien la porter tous les jours

TOUS EN JUPE - Les syndicats lycéens ressuscitent demain vendredi la journée de la jupe, en appelant garçons et filles à venir en jupe au lycée, pour lutter contre le sexisme et promouvoir l’égalité entre hommes et femmes. Pourquoi une jupe pour symboliser ce combat ? Parce que le bout de tissu reste, pour les hommes comme les femmes, fortement connoté.

Vendredi, tous en jupe. Tous ? Tous et toutes, oui ! Pour la première fois depuis 2014, les quatre principaux syndicats lycéens (SGL, FIDL, UNL et UNL-SD) ) veulent en effet relancer la Journée de la jupe, initiée en 2014 à Nantes en Loire-Atlantique. 


L’idée : ouvrir le débat sur les questions liées aux inégalités entre hommes et femmes, sur le sexisme, et plus spécifiquement sur le port de la jupe. A l’époque, à Nantes, l’évènement, lancé en plein contexte de promulgation du mariage gay, avait été entaché de polémiques, accusé de provocations par la Manif pour tous. D’où l’idée, dans un contexte plus apaisé, de le relancer, et lui donner une portée plus large. "A Nantes, l’initiative venait d’un seul lycée et la polémique avait amoindri le message " indique Coline Mayaudon, déléguée nationale à la communication du Syndicat Général des Lycéens, chargée du projet de la Journée de la jupe. "On essaie de le refaire pour que le message passe et que cela soit national. Car le sexisme ne diminue pas. Dès notre âge, on est capable de changer les choses."


Comme il y a trois ans, le choix symbolique de la jupe a ses détracteurs. "Simpliste", "réducteur" pour la femme, estiment certains internautes ; pour d'autres, ce n'est qu'une étape de plus dans le fait de nier les différences hommes-femmes. Bref, le choix de la jupe pour tous, ce n’est pas un sujet (si) anodin.

En soi, le choix de ce bout de tissu n’est que la partie la plus visible de la journée, l’idée étant surtout de lancer le débat, entre amis au cours des récrés, avec les professeurs dans les classes, autour du sexisme et des inégalités. "La jupe n’est qu’une partie de l’évènement", précisent les organisateurs sur le site de la Journée de la jupe. "Le but n’est pas d’associer la femme à une jupe, non. Mais la jupe est le centre de beaucoup de problèmes : quand une femme en porte une, suivant la longueur elle subit des discriminations et pour les hommes on parle de travesti. Nous voulons nous réapproprier ce symbole du sexisme."


"La jupe reste très sexualisée", reconnaît Coline Mayaudon. "On veut détourner l’idée que c’est réservé à la femme, on veut montrer que c’est comme un vêtement comme les autres, l’équivalent d’un pantalon." Car pour l'instant, ce n'est pas le cas. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge, elle sait que quand elle se met en jupe, elle s’expose à être regardée, à avoir des remarques, des commentaires. "Bien sûr... Dès qu'on se met en jupe, avec des talons, que l'on a une tenue un peu habillée, on se prend des réflexions, des railleries, ou on nous dit d'aller se rhabiller."  

Ce bout de tissu connote énormément d’idées sexuellesRémi Cordonnier, membre des Hommes en jupe

"C’est impressionnant comme ce bout de tissu connote énormément d’idées sexuelles, comment tout de suite on le rattache au sexe : à la provocation pour les filles, et au travestissement ou à l’homosexualité pour les hommes", abonde Rémi Cordonnier. Il parle en connaissance de cause. Il a 39 ans, et porte régulièrement des jupes. Il est membre de l’association des Hommes en Jupe, qui œuvre justement à "détacher ce vêtement du sexe", à le rendre "sans connotation". Ils sont en effet une petite centaine, répartis dans toute la France au sein de cette association, à tenter de faire "évoluer les mentalités" en militant pour la jupe pour tous. Mais ce n’est pas facile. 


"La jupe est un vêtement que notre culture occidentale considère comme très féminin, alors que c’est unisexe dans beaucoup d’autres pays, de l’Indonésie à l’Afrique", plaide Rémi. Pour lui, la vision occidentale sur ce bout de tissu est même "sexiste" : "En voulant masculiniser un vêtement féminin, on se heurte à un préjugé de la société, à un sexisme ancré : un homme n’a pas le droit de s’approprier un vêtement à la femme. La jupe renvoie à une culture occidentale de l’homme supérieur à la femme : elle est l’apanage de la féminité et de la femme, et on considère donc que ça rabaisse l’homme de l’utiliser." Rémi Cordonnier fait le parallèle avec les tensions autour des jouets destinés aux garçons ou filles : "Quand une petite fille veut se déguiser en cow-boy, ça ne pose pas forcément de problème. Mais quand un petit garçon, veut se vêtir en princesse, on lui répond : 'ça ne va pas non ?'  De même pour la femme qui peut prendre la chemise de son mari, mais pas l’inverse. Tout est là !"

"Comme un coming-out"

Et si les médias relaient assez facilement les actualités – souvent insolites et télégéniques - de ces hommes en jupe, comme le fait qu'en août dernier, l’un des leurs, Jérôme Salomé, a été autorisé par son responsable à venir en jupe au travail, sur le terrain, les mentalités sont plus dures à changer. Après des années de jean-basket, lui a testé la jupe parce qu’il était un peu "blasé de cette mode vestimentaire masculine qui ne se renouvelle pas beaucoup, qui est enfermée dans le pantalon depuis des siècles, qui de l’autre côté voit la liberté vestimentaire féminine exploser, s’ouvrant à l’originalité." Et il n’a pas été déçu de l’essai. "Une fois qu’on a découvert ce confort, cette liberté d’être en jupe, on n’a pas envie de remettre le pantalon !" Sauf que ce choix s’apparente un peu, selon lui "de l’ordre d’un coming-out" : "Beaucoup sont freinés par leur entourage, les conjointes, la famille. Et il faut avoir la force de lutter contre les regards interrogatifs dans la rue, du fait de sortir des rangs, de s’assumer. Tout ça passe par l’éducation... " Alors cette Journée de la jupe, lancée par les jeunes générations, va tout à fait "dans le sens du message de notre association" : "C’est une journée importante pour l'égalité et la liberté."


Reste qu'il ne sera pas forcément facile pour les lycéens de venir vendredi en jupe, les organisateurs ont tout prévu. "Ca peut être compliqué dansa la tête", reconnaît Coline Mayaudon. Mais pour que chacun se sente à l’aise, on met aussi à disposition des stickers pour montrer d’une autre manière qu’on soutient la cause." Une cinquantaine de lycées de toute la France ont fait appel à ces stickers. Mais d'après les premiers messages qui commencent à fleurir sur twitter, via le hashtag JourneeDeLaJupe2017, certains garçons ont aussi vu la belle occasion... de libérer leur créativité !

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