L'école de vos enfants est-elle polluée ? Une association révèle les résultats d'une enquête inquiétante

L'école de vos enfants est-elle polluée ? Une association révèle les résultats d'une enquête inquiétante

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POLLUTION - Le 18 septembre dernier, l'association Robin des Bois a rendu public un guide désignant les possibles composants toxiques retrouvés dans des établissements scolaires et hérités du passé industriel français. Résultat, pour se premier volet qui se penche sur les Hauts-de-France et la région Paca : de nombreuses écoles sont concernées par la pollution de leur sol, de leur eau ou de leur air.

Crèches, écoles maternelles et primaires, collège et lycées… Au fil des décennies, des centaines de lieux destinés à l’accueil des enfants ont été construits sur des sols pollués ou à proximité immédiate de ceux-ci. Pour mieux connaître la toxicité de ces sols ayant précédemment accueilli des activités industrielles et commerciales, l’Etat mène depuis 2012 une campagne nationale inédite, conduite sous la responsabilité du ministère de l’Ecologie. Pourtant, les résultats récoltés ont été très peu ébruités. Une discrétion à laquelle l’association de défense de l'Homme et de l’environnement Robin des Bois tente de remédier. Depuis mai 2016, elle a entrepris de rassembler tous les diagnostics afin de les diffuser au plus grand nombre.

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La pollution est aussi dans nos maisons

Les écoles des Hauts-de-France et de Paca à la loupe

Dans un premier volet de son enquête, Robin des Bois a publié, le 18 septembre, l’inventaire des établissements des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Hauts-de-France où le sol, l’eau et l’air ont été étudiés. "Entre 1900 et 1950, l’urgence était à la construction d’écoles. Et quoi de mieux que de construire sur des lieux auparavant occupés par des industries, qui n’étaient pas forcément très lourdes, mais très peu contrôlées et, surtout, ni dépolluées ni assainies ?", explique au Journal de l’Environnement Jacky Bonnemains, le président de l’association. Et plus les sites industriels sont anciens, plus le risque de pollution est grand, précise-t-il : "Entre 1900 et 1970 se sont écoulées 70 années d’anarchie, où les industries se débarrassaient de leurs déchets à proximité et, n’ayant pas de contraintes sur les émissions atmosphériques, polluaient l’environnement avec des fumées toxiques".


Ainsi, des écoles de Provence-Alpes-Côte d’Azur ont été construites à la place d’anciennes savonneries ou d’huileries. Dans les Hauts-de-France, les établissements sont plutôt présents sur les sites d’anciennes usines de textile. À cela s’ajoute l’arrivée plus récente de pressings ou de garages et de stations-services, dont les hydrocarbures infiltrent le sol. Si dans les diagnostics qu’a pu récupérer l’association, les polluants ne sont pas systématiquement nommés, la plupart de ceux qui sont incriminés sont considérés sans seuils d’effets. Cela signifie qu’ils peuvent être nuisibles pour la santé des enfants à de très petites doses.

Plomb et hydrocarbures dans le Nord

Dans les Hauts-de-France, 19 établissements sur les 109 examinés requièrent la mise en œuvre de mesures spécifiques, voire sanitaires. À Coudekerque-Branche, dans le Nord, l’école maternelle et primaire du Sacré Cœur est construite toute proche d’une ancienne raffinerie de pétrole. Les prélèvements effectués dans le sol ont prouvé une concentration de 240 mg/kg de plomb dans le jardin pédagogique. Un seuil dépassant largement le niveau de vigilance établi à 100 mg/kg.


A Mouy, dans l’Oise, le personnel et les enfants de l’école maternelle Louise Michel se sont vus recommander de laisser couler l’eau du robinet au moins deux à trois minutes "tous les matins et le plus fréquemment possible dans la journée avant de consommer l'eau". En cause : la présence de deux solvants chlorés  liée à la fabrication de moules métalliques puis de composants électroniques jusqu'en 1982. À Lille, le lycée privé de Saint-Paul, implanté sur un ancien atelier de soudure et une ancienne teinturerie, est aussi concerné par une pollution de son eau. Des hydrocarbures y ont été détectés.

Eau du robinet polluée dans le Sud

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, 194 établissements ont été diagnostiqués. Certains d’entre-eux sont là encore concernés par des cas de pollution, à l’image du lycée général et technologique Dumont d’Urville à Toulon. Superposé un ancien champ de manœuvres militaires et à un site bombardé pendant la seconde guerre mondiale, il présente une dégradation de son eau du robinet due à "composés non révélés" dans les rapports. A Marseille, le collège privé Saint-Joseph de Cluny voit lui aussi son eau polluée par "des composés non révélés", tandis que la qualité de l’air et du sol sont à surveiller en raison de la présence d’hydrocarbures volatiles.


Dans la majorité des établissements de cette région, les aménagements qui ont été faits permettent de protéger les personnes des expositions aux polluants détectés. Les diagnostics ont en effet été envoyés, au fur et à mesure, aux maîtres d’ouvrages, aux recteurs académiques ainsi qu'à chaque directeur d’établissement. Et "il revient aux enseignants, aux parents et aux élèves de s’assurer que toutes les recommandations émises par les services de l’Etat ont été appliquées et continueront à l’être pendant toute la durée de vie de l’établissement", souligne Robin des Bois.


Les dossiers scolaires d’autres régions seront publiés dans les semaines à venir.

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