La grande distrib' aime les produits "moches" : coup de pub ou vraie lutte contre le gaspillage ?

La grande distrib' aime les produits "moches" : coup de pub ou vraie lutte contre le gaspillage ?

LES MOCHES A L'HONNEUR - Cette semaine, Intermarché a lancé une opération "biscuits moches", mettant en vente des biscuits comestibles, mais dont l’aspect ne correspond pas aux standards de la grande distribution. L’initiative, largement médiatisée, montre l’engouement de la grande distribution pour ces aliments "moches". Coup de com’ ou véritable tendance ? On décrypte..

C’est officiel : Intermarché aime les moches. La romance a commencé le 3 novembre dernier : l’enseigne a en effet lancé une grande opération "Biscuits moches" : des gâteaux, normalement jetés car leur aspect ne correspond pas aux standards de la grande distribution, sont proposés à la vente 30% moins chers. L’initiative, qui vise à lutter contre le gaspillage alimentaire, a été largement relayée – et encensée – par les médias. D’autant que l’an dernier, au printemps 2014, Intermarché avait également lancé une opération "Fruits et légumes moches", montrant "la voie d’une consommation plus responsable". 

Bref, Intermarché - comme toutes les enseignes qui mènent des opérations similaires - se fait le chantre de la lutte anti-gaspi. Et le fait largement savoir. Mais derrière les faits, quelle réalité ? S’agit-il d’un beau coup marketing ou d’une ligne de conduite plus durable ? Encore difficile à dire. L’ opération  "Biscuits moches" ne dure en effet qu’une semaine (jusqu’au 8 novembre), et seuls 143 magasins de la région parisienne sont concernés, sur 1 800 enseignes nationales. Comme pour les légumes moches, les quantités sont limitées : comme le stipule Intermarché sur son site, seuls 7.450 paquets de biscuits déclassés sont proposés à la vente. Ce qui en moyenne, ne fait "que" 52 références proposées pour chaque magasin. Pas si lourd que ça.

Les produits moches, c'est tendance

Le collectif des Gueules cassées , qui se mobilise pour que les produits abimés mais comestibles soient à nouveau proposés à la vente, reconnaît un "côté évènementiel" à la démarche. Mais refuse de jeter la pierre : "Tout n’est pas parfait. Mais si tout le monde faisait déjà ce que faisait Intermarché, on aurait bien avancé", explique à metronews Nicolas Chabanne, un des fondateurs. "Il y a en effet une bonne agence de com’ derrière tout ça, mais ça laisse aussi penser que ça peut évoluer dans la durée. Ils participent à la sensibilisation. Et c’est une bonne chose que les enseignes se mobilisent."

Tous les ans en effet en France, 17 millions de tonnes de produits ne sont pas consommés. Parce qu’ils sont déformés, fendus ou biscornus, trop foncés ou trop pâles. Mais ils restent parfaitement comestibles. Depuis un ou deux ans, la sensibilisation faite auprès des gros distributeurs commence à prendre. Nicolas Chabanne est plein d’optimisme : "Des démarches sur du plus long terme commencent à apparaître", indique-t-il, citant l’exemple de Carrefour, qui depuis 8 mois, plus discrètement, propose dans ses rayons des "camemberts moches", trop gros pour l’emballage, et vendus moins cher que les autres. Et l’enseigne voudrait généraliser, d’ici quelques semaines, la démarche de commercialiser ces produits "antigaspi", en partenariat avec les Gueules cassées. Des céréales de petit déjeuner ayant des petits défauts de couleur ou d’aspect, puis d’autres produits de différents univers, pourront accéder aux rayons des enseignes du groupe.

Une tendance de la société

Et ça, c’est une véritable victoire pour les Gueules cassées : "Pour la première fois, une enseigne majeure est en train de systématiser un soutien à la vente de ces produits injustement gaspillés", jubile Nicolas Chabanne. "Les autres grandes surfaces vont devoir se positionner." D’autant que des règles du jeu claires commencent à être fixées pour ces partenariats avec le collectif : les produits moches proposés sous l’appellation "Tous antigaspi" doivent être aussi bons que les "vrais", mais aussi être moins chers, être une vraie solution au gaspillage, être vendus le plus localement possible, et un centime sera reversé sur chaque achat à des associations. Et surtout, le produit, par nature, pourra être en rupture du magasin lorsque tout aura été vendu.

"On ne va pas fabriquer des gueules cassées, l’idée n’est pas d’aller chercher des produits pour aller les chercher, mais de lutter contre le gaspillage, prévient Nicolas Chabanne. Sans être un "béni oui-oui de la grande distribution", il voit une véritable tendance de société, à laquelle les grandes surfaces ont tout intérêt à s'adapter. Et elles l'ont bien compris : "Il y a un vrai retour des clients vers le durable, la consommation responsable, à investir dans des projets qui ont du sens. En s’y mettant, les grandes enseignes envoient un argument positif au consommateur."

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