La Hague : la dégradation des cuves de l'usine de retraitement nucléaire inquiète

La Hague : la dégradation des cuves de l'usine de retraitement nucléaire inquiète

NUCLEAIRE - Face à l'accélération de la corrosion des cuves de retraitement des déchets nucléaires de La Hague, l'Autorité de sûreté nucléaire tire la sonnette d'alarme. Areva va devoir prendre des mesures pour assurer la sécurité du site.

Des cuves préoccupantes. L'autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui assure le contrôle de la sûreté nucléaire en France, a demandé à Areva de "renforcer la surveillance" d'installation de son usine de retraitement de Beaumont-Hague (Manche). Il s'agit d'évaporateurs qui assurent la concentration des produits de fission.

La sûreté de l'installation remise en cause

Ces équipements, conçus pour une durée de fonctionnement de trente ans, et mis en service entre 1989 et 1994, précise l'instance de contrôle, montrent des signes de corrosion plus rapides que prévu, ont révélé les derniers contrôles effectués dans l'usine. "Ces résultats sont de nature à remettre en cause à moyen terme la sûreté de l’installation", souligne l'ASN, qui pourrait "être conduite à imposer l’arrêt" de l'un des six évaporateurs du site.

"L'arrêt aurait pour conséquence une réduction du volume d'activité de l'usine, a précisé à l'AFP Guillaume Bouyt, chef de la division de l 'ASN à Caen. L'ASN exige en outre que l'industriel, en grande difficulté financière, "installe des moyens supplémentaires permettant de limiter les conséquences d’une éventuelle fuite ou rupture".

Seule une partie des évaporateurs est contrôlable

Ces évaporateurs "extrêmement irradiants", "assurent la concentration des produits de fission, qui contiennent l’essentiel de la radioactivité" des combustibles irradiés dans les centrales, selon l'ASN. Si rien n'est fait, l'intégrité des évaporateurs pourrait être remise en cause dès 2018 pour le plus dégradé d'entre eux.

Par ailleurs, l'ASN demande à Areva d'être d'autant plus attentif que "seule une partie limitée des évaporateurs est accessible à la mesure". Ces cuves se trouvent en effet dans des casemates en béton armé, inaccessibles au personnel en raison du niveau de radioactivité. Les mesures sont ainsi réalisées à l'aide de perches articulées.

"L'affaire est extrêmement sérieuse"

Areva a indiqué qu'elle travaillait depuis 2015 sur un projet de remplacement progressif des évaporateurs à partir de fin 2021 et qu'elle respectait les demandes de l'ASN qui l'a auditionnée le 11 février. Elle va notamment baisser la température des évaporateurs. Mais cela pourrait s'avérer insuffisant, selon Greenpeace qui souligne les risques que soulève une action tardive de la part d'Areva.

L'organisation écologiste estime en effet que la date de 2021 n'est pas tenable. "Le remplacement d'un évaporateur et du béton autour est extrêmement long, de plus, Areva devra répondre à des critères draconiens de sûreté qui n'existaient pas dans les années 1980", a commenté le chargé de campagne nucléaire de Greenpeace France, Yannick Rousselet, interrogé par l'AFP. "L'affaire est extrêmement sérieuse car le remplacement d'évaporateurs va diminuer la capacité de retraitement. On risque de se retrouver avec des combustibles irradiés bloqués dans les centrales", dont les piscines de refroidissement sont déjà bien remplies, a-t-il souligné.
 
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