La salle de shoot de Paris a ouvert il y a un an : des réussites, mais des riverains toujours exaspérés

La salle de shoot de Paris a ouvert il y a un an : des réussites, mais des riverains toujours exaspérés

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BILAN - Depuis son ouverture il y a un an, le 17 octobre 2016, 800 toxicomanes se sont inscrits comme utilisateurs à la première "salle de consommation à moindre risque" de France, dite "salle de shoot", installée près de la gare du Nord à Paris.

"Première année positive." La Ville de Paris affiche une belle satisfaction dans son communiqué, au moment de dresser le bilan après un an d’ouverture de la "salle de shoot", ce lieu de "consommation à moindre risque", le premier de France, situé près de la gare du Nord à Paris. 


La mairie dégaine les bons chiffres : depuis l’ouverture, le 17 octobre 2016, 800 toxicomanes se sont inscrits comme utilisateurs. Cette inscription n'est pas obligatoire et en moyenne, 165 actes de consommation sont comptabilisés chaque jour, soit 53.582 en un an, principalement des injections. La première substance consommée est le Skenan, un puissant antidouleur à base de morphine, loin devant l'héroïne (1%). Les consommations se faisant toujours sous la supervision d'un soignant, aucune overdose mortelle n'est survenue. Un passage toutes les trois semaines en moyenne a toutefois nécessité une intervention de l'équipe de réanimation ou des urgences de l'hôpital Lariboisière, auquel la salle est adossée.

Les riverains toujours en colère

Reste que les problèmes de voisinages demeurent, même si la colère est moins visible. Il y a un an, le 17 octobre 2016, des banderoles "Non à la salle de shoot en quartier résidentiel", "Salle de shoot : ni hier, ni demain" ou encore "Ici vivent 32 enfants", couvraient de nombreuses façades des immeubles de ce quartier proche de la gare du Nord, déjà connu pour la forte présence de toxicomanes. Craignant une montée de la délinquance et du trafic, une partie des riverains s'était soulevée contre le projet, reprochant notamment aux autorités le choix de l'emplacement. Le débat politique aussi fut vif, l'UMP, ancêtre de Les Républicains, qui a défendu de nombreux amendements de suppression et prôné le sevrage et l'abstinence, considérant ces salles comme un feu vert à des "paradis artificiels officiels".


Un an après, les banderoles ont disparu mais le mécontentement dans le quartier reste palpable. Les commerçants estiment que cela crée des nuisances, attirant une population non désirée dans le quartier, que les clients hésitent à venir, ce qui représente un vrai manque à gagner. Membre du collectif "Non à la salle de shoot en quartier résidentiel", vivement opposé à l'expérimentation, Céline confesse à l’AFP que "le quartier s'est fortement dégradé en un an". "Il y beaucoup plus de toxicos, de deal, de seringues par terre. On assiste régulièrement à des scènes de consommation dans la rue et des riverains ont déjà été menacés juste parce qu'ils passaient par là", se révolte-t-elle.

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JT 20H. Elle ouvre lundi : comment fonctionnera le première "salle de shoot" à Paris ?

Des problèmes de sécurité et de tranquillité publique

Le maire du Xe arrondissement Rémi Féraud estime que " la salle a démontré toute son utilité", mais reconnait que "les progrès en terme de tranquillité publique dans le quartier ne sont pas assez visibles". En février, une bagarre entre des usagers a entraîné une fermeture temporaire de la salle, sans toutefois entraîner de perturbations sur la voie publique, précise la mairie de Paris. "On reçoit une population qui est très dégradée et présente de multiples problèmes de santé, d'hébergement ou avec la justice", explique Elisabeth Avril. "Ce genre d'incidents n'est pas rare dans les lieux qui accueillent ce type de public", dédramatise-t-elle. Selon l'association Gaïa, 52% des usagers de la salle ont un logement précaire et 43% sont sans revenus. 


Pour tenter d’apaiser les relations avec le voisinage, des maraudes ont été mises en place avec l’équipe de Gaïa, - environ 200 ont été effectuées. Par ailleurs, des patrouilles de police tournent quotidiennement dans le secteur :  4303 personnes ont été contrôlées au total. 1098 d'entre elles détenaient des produits stupéfiants pour leur consommation personnelle dans les limites fixées par le procureur de la République, et 1453 étaient en infraction.

Les voisins veulent le déménagement de la salle de shoot

Un comité de voisinage a été mis en place, pour répondre notamment aux préoccupations des riverains. Il s’est déjà réuni sept fois. Le compte-rendu de ces comités, disponibles sur le site de la mairie du Xe, montre les différentes problématiques auxquelles sont confrontés les riverain : propreté, sécurité, attroupements devant la salle de shoot, chiens sans muselière, présence de seringues dans l’espace public, bagarres de rue. Les membres du collectif des riverains de la salle de shoot redisent, lors de chaque comité, leur colère, qu’ils estiment bien peu relayéE par les médias, mais aussi leur stress face à ce qu’ils considèrent parfois comme une appropriation de l’espace public. Sans être contre le principe de cette salle, ils demandent le déménagement de la structure dans une zone sans habitation, comme à Strasbourg.  


Le projet de la salle de shoot avait été lancé au titre d'une expérimentation pour une durée de six ans dans le cadre du projet de loi porté par la ministre de la Santé de François Hollande Marisol Touraine.

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