L'avocate, le soutien-gorge et la surveillante : les services pénitentiaires s'expliquent

L'avocate, le soutien-gorge et la surveillante : les services pénitentiaires s'expliquent

BIP BIP BIP – Une avocate, contactée par metronews, assure avoir été obligée de retirer son soutien-gorge qui sonnait au portique de sécurité, avant de visiter un client à la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône. Au-delà de l’anecdote, elle dénonce "une atteinte aux droits de la défense". L’administration pénitentiaire, elle, réfute toute "obligation explicite".

Le soutien-gorge de la discorde. Au mois de décembre dernier, Sophie*, une jeune avocate du barreau de Grenoble se présente à la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Elle vient de faire une heure et demie de route pour rencontrer un détenu qu’elle défend dans le cadre d’une affaire criminelle. Sauf qu’en passant le portique de sécurité, tout ne se passe pas comme prévu.

"J’avais enlevé mes chaussures, mes bijoux, déposé mon sac. Mais le portique continuait de sonner…à cause de mon soutien-gorge" raconte l’avocate, interrogée par metronews. S’en suit une première discussion avec les agents de sécurité, au cours de laquelle une surveillante supérieure est appelée. "Dans un premier temps, elle m’autorise à passer". Mais sur le chemin qui mène aux bâtiments de détention, le ton monte. "'C’est bon pour aujourd'hui', me dit la surveillante, 'mais la prochaine fois, vous mettrez une brassière'" rapporte-t-elle. Sophie s’agace et entre les deux femmes, la situation s’envenime. "Qui sont-ils, à l’administration pénitentiaire, pour dire à une femme non détenue comment s’habiller le matin ?" réagit-elle ce jeudi, toujours échaudée par sa mésaventure.

"Pure humiliation"

"Ensuite, le chef de détention a été appelé. C’est lui qui a exigé que j’enlève l’élément qui sonnait. J’ai donc dû repartir jusqu’à la voiture, déposer mon soutien-gorge, et revenir". Mais pour l’avocate, cette anecdote va bien au-delà du simple désagrément. "Cela montre bien l’absence de considération des avocats, dans le milieu pénitentiaire, qu’on assimile à des délinquants. Leurs décisions arbitraires sont pour moi une atteinte aux droits de la défense, car au terme de cette affaire, je n’ai pu avoir droit qu’à vingt minutes de parloir avec mon client." L’association A3D (pour Défense des Droits des Détenus), qui s’est emparée de cette histoire et en a fait un communiqué, parle même d’un "procédé qui relève de la pure humiliation".

Reste que du côté de l’administration pénitentiaire, on ne relate pas la même version des faits. Contactée par metronews, Marie-Line Hanicot, à la tête de la direction interrégionale des services pénitentiaires Auvergne Rhône-Alpes, retrace l’altercation sur la base des comptes-rendus du personnel. "A aucun moment il n’a été demandé explicitement à l’avocate de retirer son soutien-gorge", assure-t-elle. "Elle a pu le vivre de façon implicite et se sentir contrainte de le faire", note la directrice, avant de poursuivre : "il est vrai que dans le cadre du plan Vigipirate, la consigne est claire : toute personne – même les avocats – doivent rentrer sans sonner. Mais nous ne sommes pas là pour dévêtir les gens, ils peuvent toujours faire demi-tour." Marie-Line Hanicot poursuit :  "parfois, certains avocats ou magistrats ne comprennent pas cette mesure". Et y va de son anecdote personnelle : "même moi, je dois passer le portique sans sonner. Mais on ne doit pas avoir les mêmes sous-vêtements !"

* le prénom a été modifié sur demande de l'avocate qui souhaite préserver son anonymat

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